Information alternative

Trois hommes échangent quelques mots sur le perron d'un bâtiment de deux étages à moitié délabré dans le centre de Jérusalem. Caftan noir serré à la taille par une ceinture de tissu, chapeau à large bord vissé sur la tête pour deux d'entre eux, shtreimel en fourrure pour l'autre, papillotes presque aussi longues que la barbe, ils semblent tout juste arrivés d'un village lituanien, deux ou trois siècles en arrière.
Cet échange devant une yeshiva de Mea Shearim ne dure qu'un instant. Dans le milieu juif ultraorthodoxe, chaque minute doit être consacrée à l'étude des textes sacrés. Et pourtant, ce sont bien certains de ces haredim - littéralement "ceux qui craignent Dieu" - qui, il y a trois semaines, avaient revêtu un costume qu'on n'aurait pas cru trouver dans leur garde-robe.
Samedi 31 décembre, fin de shabbat, à la nuit tombée, des ultraorthodoxes de Jérusalem osent la pire des provocations : pyjamas rayés, étoiles jaunes, slogans comparant les laïques israéliens aux nazis, ils veulent imposer leurs valeurs et leur mode de vie. Parmi eux, des Neturei Karta connus pour leur indéfectible soutien aux mollahs d'Iran et leur dernière visite à Ahmadinejad en 2006 -, des Toldot Aharon - reconnaissables à leur habit gris strié de blanc et leur shtreimel -, des Satmar, dont la dynastie hassidique vient de Hongrie, tous membres de groupuscules unis par leur opposition viscérale à l'Etat d'Israël, qu'ils considèrent comme une sorte d'entreprise satanique.