Information alternative
Par Vincent Hugeux, envoyé spécial à Tripoli, publié le 18/03/2011 à 08:06
L'Onu a autorisé jeudi soir le recours à la force contre l'armée de Mouammar Kadhafi, ouvrant la voie à des frappes aériennes en Libye au lendemain des nouvelles menaces proférées par le dirigeant libyen.
REUTERS/Jessica Rinaldi
Un mélange de colère, de fatalisme, de doute et d'incrédulité. Voilà à quoi ressemble, vu de Tripoli, la réaction des kadhafistes au vote par le Conseil de sécurité des Nations unies, peu après minuit, de la résolution 1973.
D'abord, la fureur, illustrée de manière tapageuse par l'irruption, ce vendredi vers 1H30 du matin, d'une centaine de partisans du Guide de la Jamahiriya dans l'hôtel Rixos, QG des médias étrangers et théâtre d'une conférence de presse du vice-ministres des Affaires étrangères Khaled Kaïm. Courroux spontané de jeunes patriotes du quartier, comme le soutient un traducteur du Bureau libyen de l'Information? On est en droit d'en douter. Rien n'a entravé l'intrusion dans une enceinte dûment sécurisée de la horde verte des "kadhafanatiques." Laquelle intrusion est survenue à l'instant même où l'orateur répondait à une ultime question. "Ces types ont été payés d'avance, suggère un confrère libyen. La plupart d'entre eux étaient d'ailleurs plus ou moins ivres." De fait, tout indique que les jeunes patriotes que nous avons croisé dans le lobby du palace avaient bu autre chose que l'amère cigüe de l'humiliation néocolonialiste.
Le fatalisme, c'est celui de ce chauffeur de taxi au coeur de la nuit tripolitaine: "Les menaces et les sanctions, lâche Khaled, on a l'habitude. J'ai 30 ans et je vis avec ça depuis mon enfance."