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Article de monsieur Jacques Attali.
Le monde en 2030.
Le PIB mondial sera environ le double de celui d’aujourd’hui pour une population mondiale qui aura augmenté de 15% pour atteindre 8,5 milliards. L’espérance de vie atteindra en moyenne 72,8 ans. Plus de 2 milliards de personnes seront âgées de moins de 20 ans. Plus d’un milliard auront plus de 65 ans. Plus de 7 milliards posséderont un téléphone mobile et s’en serviront comme moyen de paiement. Plus de 4 milliards auront accès à Internet. Plus de 2 milliards tiendront un blog. Près de 5 milliards seront inscrits à des réseaux sociaux ou à ce qui les aura alors remplacés. Près d’un milliard de personnes vivront dans un autre pays que celui où elles sont nées. Soixante pour cent de la population mondiale vivront dans des villes d’Afrique et d’Asie, dont la moitié dans des bidonvilles.
La demande en énergie sera encore couverte à hauteur de 75 % par des énergies fossiles (notamment le charbon) ; la consommation annuelle de pétrole dépassera les 100 millions de barils à des prix beaucoup plus élevés. Pour maintenir la consommation alimentaire au niveau actuel, il faudra produire 20 kilos de poisson et 50 kilos de viande par habitant et par an, ce qui exigera l’industrialisation de leur production. Près de la moitié de l’humanité survivra avec moins de deux dollars par jour. En Asie, le nombre de pauvres sera divisé par deux (de 60 % à 30 %), tandis qu’il augmentera massivement en Afrique. Vingt pays et 48 % de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes, souffriront du manque d’eau. À l’autre extrémité, la fortune se concentrera entre les mains de quelques dizaines de milliers d’oligarques.
On dénombrera 30 000 jets privés ; 1% de la population de la planète possédera 35% du patrimoine mondial. À moins d’une réduction considérable des interdits, c’est-à-dire de la légalisation de l’usage, de la production et de la distribution des drogues et de la prostitution, l’économie criminelle représentera plus de 15% du PIB mondial, soit presque autant que le PIB de l’Union européenne. La mafia prendra le pouvoir dans de nombreux pays. Elle disposera de moyens militaires considérables. Elle sera heureusement divisée en un certain nombre de forces qui se livreront une guerre sans merci pour le contrôle des marchés, en même temps qu’elles voleront, attaqueront, enlèveront les gens honnêtes.
Les institutions internationales, tout comme les instances étatiques et les ONG, deviendront de simples alibis utilisés pour tenter de rendre supportables les injustices et les horreurs du monde. Certaines se déferont, faute de moyens ; d’autres seront investies par les forces de l’économie criminelle, qui pourraient même en arriver à créer ex nihilo des institutions internationales, des ONG, voire des États à leur dévotion pour blanchir leur argent. Ce n’est pas là de la science-fiction : de tels États, de telles ONG existent déjà.
Les puissants ne s’intéresseront au long terme que pour écarter les menaces qui planent sur eux et dominer leurs rivaux, et non pas pour écarter les périls pesant sur l’humanité. Les États-Unis et la Chine se partageront un peu d’influence sur un monde où chacun jouera de plus en plus égoïstement ses cartes. L’Europe sera la principale victime du renforcement du pouvoir américain, puis du G2 entre la Chine et les États-Unis, puis de la désarticulation du monde.
Il arrivera alors à l’humanité ce qui advient à tout pays en de telles circonstances : dans un sauve-qui-peut général, les plus puissants chercheront refuge en des lieux isolés, îles ou bunkers ; pour les autres, le premier recours sera l’assurance, substitut aux États en termes de protection ; quand ils auront compris que l’assurance est impuissante et que la fuite est impossible, restera la distraction sous toutes ses formes. Ces deux types d’entreprises seront devenus les maîtres des marchés mondiaux.
Ma réponse.
Monsieur,
Énoncé par vous au futur, ce texte ressemble à une funeste prophétie. J’ai, pour ma part une vision beaucoup moins pessimiste du monde dans lequel je voudrais voir vivre mes enfants.
De nos jours, je crois que deux visions du monde se font face. Je les appellerai la cathédrale et le bazar. A l’usage, il s’avère que le bazar, par nature est bien plus adaptable que le modèle cathédrale. En ce début de XXIème siècle l’organisation pyramidale sur laquelle s’appuie nos sociétés (démocratiques ou non) montre ses limites. Je crois qu’il ne faut pas craindre la complexité.
Je crois que si, comme vous le dites, tant de mondes pourront communiquer alors la démocratie pourra s’exercer naturellement et surtout différemment d’aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire de vouloir calquer d’anciens modèles qui ont échoués à un avenir qui s’invente de lui-même sous nos yeux.
Idéalement, j’aspire à un modèle Open Sources de démocratie où chacun participe et réagit organiquement aux événements du monde.
Aujourd’hui, les instituts de sondages sont doublés par la réalité parce que leurs modèles sont déjà faux. Les panels représentatifs n’existent plus. Les minorités s’expriment davantage et plus directement par le biais des réseaux. Cà change tout. Les clivages (droite/gauche) issus de la révolution française explosent. Des tendances par ilots émergent au détriment du bipartisme. Cette démocratie participative choisit déjà ses leaders, elle constitue ses légions. Mais ce qu’il y a de plus extraordinaire encore c’est que cette démocratie décentralisée ne s’exprime déjà plus seulement par la voie d’Internet. Le réseau est dans les têtes.
En Syrie : Coupez, l’électricité, le téléphone et l’internet... L’information passe encore. Les réseaux se reconstituent. En Birmanie idem. L’intelligence collective est en marche. Elle acquière le pouvoir un peu plus chaque jour par l’action individuelle de chacun de ses membres ; c’est le groupe qui tranche in fine. Ca c’est la démocratie.
Mais à bien y réfléchir monsieur Attali, j’ai l’impression que vos prédictions auraient dues être formulées au présent.
par (son site)