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J’ai lu ce week-end un article remarquable dans les colonnes de Libération. Une interview de Cécile Desprairies, philosophe, germaniste et auteur d’un ouvrage « L’Héritage de Vichy », inventaire des lois édictées sous le règne du maréchal Pétain.
Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que l’on devait nombre de nos « avancées sociales » à ce régime honni.
Je citerai, pêle-mêle : les comités d’entreprise, la médecine du travail, l’inspection du travail, la médecine scolaire, les vaccinations, les tickets-repas…
Mais aussi, le carnet de chèque pour les femmes (une autorisation supprimée à la Libération…), la fin des bagnes pour enfants au profit des maisons de redressement, les fouilles archéologiques, la première école de cinéma, le concours du « meilleur ouvrier de France », le rugby à XV (le jeu à XIII étant jugé… trop anglais).
D’autres initiatives encore, plus controversées, comme les Ordres des médecins et des architectes ou la carte d’identité, pour prouver qu’on était bien Français…
Bref, un héritage non négligeable qu’aux lendemains de la Libération, on se garde bien de remettre en question. Exit les lois discriminatoires mais pas touche à ces innovations. On comprend mieux de Gaulle quand il écrit dans ses Mémoires : « Les doctrines sociales de la révolution nationale (…) comportaient des idées qui n’étaient pas sans intérêt. »
Il ne s’agit pas d’oublier — et encore moins d’excuser — les fautes, les crimes de l’État français, la collaboration avec l’Allemagne nazie, la déportation des Juifs. Mais de reconnaître, comme le dit Cécile Desprairies, « que le régime de Vichy était complexe ». Qu’une fois de plus, il faut se garder des jugements à l’emporte-pièce, de cette facilité qu’ont nos historiens du dimanche à lire, raconter et juger les hommes d’hier avec nos yeux d’aujourd’hui. Le grand historien Lucien Fèbvre ne parlait-il pas de « péché des péchés » à propos de l’anachronisme en histoire ?
Aussi, je propose, sur la lancée de ce travail sur Vichy, qu’on revisite, par exemple, le colonialisme. Dont il est impossible en France de parler « des aspects positifs ». C’est à l’occasion de l’adoption de la loi qui porte le nom de Madame Taubira que nos élus en ont décidé ainsi. Alors, vive le colonialisme ?