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Les relations entre la Russie, la Chine et l’Iran ne datent pas d’hier. En revanche les récents rapprochements entre la Russie et les deux pays, Chine et Iran, sont liés aux rapports de force qui ont animé les relations entre le Kremlin et la Maison Blanche au moment de la chute de l’URSS.
A la chute du mur de Berlin, avec l’expansion de l’Otan vers l’est, la Russie a vu sa zone d’influence géopolitique diminuer d‘autant. Afin de contrer cet encerclement stratégique, la Russie finit par se tourner vers la Chine, inquiète elle aussi de son isolement croissant sur la scène internationale. En 2001, les deux pays mettent en place l’Organisation de coopération de Shanghai. La même année, la Russie et la Chine signent le traité de bon voisinage, d’amitié et de coopération, dont l’article 12 stipule que la Chine et la Russie respecteront « les accords fondamentaux relatifs à la sauvegarde et au maintien de la stabilité stratégique ». Cet article est symboliquement important. Il est à la fois un signe fort envoyé aux États-Unis et à l’Otan, et un marqueur de séparation entre deux blocs.
Au moment de l’implosion de l’URSS en 1991, la Russie se retrouve dans une situation de fragilité économique importante. La survie de celle-ci dépend en partie de la santé de son complexe militaro-industriel qui tient traditionnellement une place économiquement importante aussi bien dans l’ex-URSS que dans la Russie d’aujourd’hui. C’est ainsi que la Russie va se tourner vers l’Iran, qui deviendra l’un de ses trois plus grands marchés extérieurs avec l’Inde et la Chine. Les relations bilatérales vont se renforcer petit à petit avec la mise en place, en 1995, d’une coopération nucléaire et la signature d’un partenariat pour la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr. En 2001, Poutine signe également avec son homologue iranien un « pacte de coopération civile et militaire». Au-delà de ces relations économiques et énergétiques, l’Iran est aussi l’un des membres observateurs de l’OSC, lui conférant de facto une position au moins diplomatique dans cette organisation.
Les relations trilatérales entre la Russie, la Chine et l’Iran étaient surtout d’ordre diplomatique, économique, énergétique et elles étaient motivées, au moins dans leur démarrage, par des causes circonstancielles. Mais en réaction au durcissement de la stratégie européenne et eurasiatique des États-Unis et de l’Otan, les relations trilatérales de ces trois pays sont en passe de rentrer dans une phase d’alliance objective.
Tout d’abord parce que la Chine, la Russie et l’Iran ont aujourd’hui bien conscience de la volonté du bloc BAO d’instaurer un nouvel ordre mondial (ou monde unipolaire), en totale opposition avec leurs intérêts propres et leur conception multipolaire du monde. Cette conscience maintes fois exprimée aux travers des discours de Vladimir Poutine peut se résumer dans cette phrase tenue devant les étudiants de l’université polytechnique de Tomsk lors de sa campagne présidentielle « ils (ndlr : les Américains) veulent tout contrôler (…). J’ai parfois l’impression que les États-Unis n’ont pas besoin d’alliés mais de vassaux, et qu’ils préfèrent la domination à un partenariat d’égal à égal ».
Ensuite parce que le double veto sino-russe dans le dossier syrien a rapproché les deux pays non seulement pour des raisons intrinsèques (accord sur la stratégie à suivre et succès diplomatique commun) mais aussi pour des raisons extrinsèques (schéma particulier du « Seuls contre tous »). Les succès dans ce dossier renforcent évidemment la position de l’Iran qui n’a jamais caché son soutien au gouvernement syrien en place.
L’implantation du bouclier antimissile en Europe est perçue par ces trois pays comme un danger mortel : l’Iran, parce qu’il craint que ce bouclier défensif ne puisse se transformer en un bouclier offensif pour une future attaque contre son territoire. La Russie par sa crainte de voir son potentiel stratégique neutralisé et donc son influence sur la scène internationale diminuer. Et enfin la Chine, qui craint avec l’affaiblissement de ses principaux alliés, de se retrouver dans une situation d’isolement à la fois économique et stratégique.
Ainsi, l’implantation du système ABM, pourrait devenir, au-delà du rapport de force militaire et stratégique entre nations, le symbole d’une ligne de démarcation, voire même de fracture entre deux conceptions du monde qui s’affrontent aujourd’hui sur la scène internationale. D’un côté celle des américains soutenue par l’Alliance Atlantique, perçue par de plus en plus de pays, comme interventionniste et unipolaire. Et d’un autre côté, celle des pays comme la Russie, la Chine ou encore l’Iran, favorable à un monde multipolaire et à un équilibre des forces.
Emmanuel Archer