Information alternative
Washington et Islamabad veulent mettre fin à la polémique sur les conditions de l’élimination de Ben Laden afin de faciliter l’ouverture de négociations avec les talibans.
La « polémique » américano-pakistanaise sur les conditions de séjour et de la liquidation de Ben Laden à Abbottabad semble avoir fait long feu. Les manifestations d’indignation exprimées par Islamabad et Washington ont laissé place à des propos plus conciliants moins de deux semaines après l’opération. L’ère de l’après-Ben Laden a commencé. Tout au moins sur le plan politique. Les autorités pakistanaises ont ainsi annoncé mardi l’arrestation à Karachi d’un important « commandant d’al-Qaida », un Yéménite, Muhammad Ali Qasim Yaqub. Un geste apprécié des États-Unis. La veille, les deux alliés, par la voix du sénateur John Kerry se prévalant du soutien d’Obama, avaient mis en avant leur volonté de « rétablir la confiance » entre eux. Ils se sont ainsi promis de travailler désormais « ensemble » en cas d’action contre toute « cible de première importance » au Pakistan. Kerry était le premier haut responsable américain à se rendre à Islamabad depuis la mort de Ben Laden. Il y a rencontré le général Ashfaq Kayani, le chef d’état-major, puis les autorités civiles. « Le Pakistan augmente ses efforts pour combattre les extrémistes et contribuer à la stabilisation de l’Afghanistan, mais certaines de ses actions doivent rester secrètes », a clamé l’envoyé américain.
Ces retrouvailles rapides ont pour cause l’importance du Pakistan dans la stratégie de « l’Afpak » (Afghanistan - Pakistan) défendue par la Maison-Blanche : une « sortie de guerre » qui passe par des négociations avec les talibans afghans. L’ancien patron des services secrets pakistanais l’ISI, le général Eshan Ul Haq, de passage à Paris la semaine dernière, s’en cachait à peine : la mort de Ben Laden va favoriser ce dialogue, disait-il, confirmant les révélations du journaliste pakistanais Ahmed Rashid, selon lequel Obama est disposé à entamer des discussions avec les trois mouvances principales de la guérilla : celle du mollah Omar, celle de Gulbuddin Hekmatyar, du parti Hezb-e-Islami, mais aussi celle de Jalaluddin Haqqani, considéré comme très proche de l’ISI. Washington aurait donné son accord pour que les talibans ouvrent un bureau officiel dans un pays du Golfe ou en Turquie pour faciliter les contacts.
18 milliards de dollars en 10 ans
Le chef de la majorité démocrate au Sénat américain, Harry Reid, a estimé que les États-Unis ne devaient pas remettre en cause leur aide au Pakistan. « Je pense que, en ce moment, nous sommes dans une période difficile », a-t-il dit lors d’un point presse.
Washington a versé plus de 18 milliards de dollars à Islamabad en près de dix ans, essentiellement sous forme d’aide à son omnipotente armée, et en 2009, sous la houlette, notamment, de John Kerry, le Congrès a autorisé une rallonge de 7,5 milliards sur cinq ans en aide civile.
note Webrunner : relier cet article à celui-là