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Des émeutes ont éclaté dans la nuit de mardi à mercredi dans la ville libyenne de Benghazi, où plusieurs centaines de personnes ont affronté des policiers soutenus par des partisans pro-gouvernementaux, rapportent des témoins et des médias locaux. La télévision publique libyenne fait état, pour sa part, de rassemblements de soutien au dirigeant libyen, le colonel Muammar Kadhafi, dans différentes villes du pays. La chaîne a diffusé des images d'une manifestation pro-Kadhafi dans les rues de Tripoli.
"Trente-huit personnes ont été admises à l'hôpital pour des blessures", a-t-on indiqué de source hospitalière, précisant que toutes les blessures étaient légères et résultaient de "bagarres entre manifestants qui en étaient venus aux mains". Un précédent bilan donné par le journal libyen Quryna faisait état de 14 blessés à Benghazi, deuxième ville du pays située à 1.000 km à l'est de Tripoli.
L'arrestation d'un militant des droits de l'homme a servi de déclencheur aux violences. Selon l'édition en ligne du quotidien local Kourina, les émeutiers réclamant sa libération étaient armés de bombes incendiaires et ont jeté des pierres en direction des forces de l'ordre. Plusieurs véhicules ont été incendiés. Le journal précise que le calme est revenu dans la ville et que les partisans de l'opposition ont repris aux premières heures de la journée la place Chajara, où les émeutiers s'étaient regroupés dans la nuit. Le bilan avancé par le quotidien libyen est de quatorze blessés, dont dix policiers. Aucun ne serait dans un état grave.
Benghazi, une ville particulière
D'après un habitant de la ville, 500 à 600 personnes ont manifesté leur colère. "Ils sont allés au comité révolutionnaire (cellule de base du pouvoir, NDLR), dans le quartier de Sabri, puis ont tenté de se rendre au comité révolutionnaire central", a-t-il raconté. "Le calme est revenu maintenant", a-t-il confirmé. Il est impossible à ce stade de prédire les conséquences de ces événements, même si les exemples en Tunisie et en Égypte, deux pays voisins de la Libye, ont incité des opposants libyens en exil à tenter de mobiliser, en utilisant notamment les réseaux sociaux. Le gouvernement libyen a adopté pour sa part une série de mesures visant, entre autres, à réduire les prix des produits de première nécessité.
Le régime de Tripoli s'apprêterait en outre à libérer 110 militants incarcérés, du Groupe islamique libyen de combat, une organisation interdite par les autorités. Selon Mohamed Ternich, président de l'Association libyenne des droits de l'homme, ce sont les derniers membres de cette organisation toujours détenus à la prison Abou Salim de Tripoli.
Fethi Tarbel, le militant dont l'arrestation a déclenché les émeutes de Benghazi, a travaillé avec les familles des détenus de la prison d'Abou Salim, où le pouvoir incarcère opposants et islamistes. La plupart des analystes s'accordent à penser qu'un scénario à l'égyptienne ou à la tunisienne est peu probable dans la Jamahiriya libyenne, qui dispose d'importantes ressources financières susceptibles d'être utilisées pour calmer les esprits. En outre, la société libyenne est structurée sur un système de liens tribaux et familiaux. Dans ce cadre, s'il devait y avoir contestation du régime de Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, elle se développerait plutôt en coulisses que dans les rues. La ville de Benghazi, située à un millier de kilomètres à l'est de Tripoli, occupe une place particulière dans l'histoire libyenne. Nombre des opposants à Kadhafi en sont originaires et la ville a été écartée des principaux projets de développement économique, renforçant son particularisme.