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Robert Boulin © SIPA Un coffre-fort n’aura pas suffi pour protéger l’un des dossiers les plus sensibles de la Ve République. Le premier tome du dossier judiciaire sur la mort, en 1979, du ministre du Travail de Giscard d’Estaing est aujourd’hui introuvable. Y compris les originaux des lettres que Robert Boulin aurait envoyées à des proches pour annoncer son suicide. Fâcheuse disparition alors que l’avocat de la fille de ce gaulliste historique a demandé une expertise ADN des lettres, à l’image de ce qui a été entrepris dans l’affaire Grégory.
Les pièces manquantes étaient stockées du Palais de Justice de Paris. Elles étaient conservées dans un coffre-fort à la direction du greffe du parquet général, auquel seulement deux personnes ont accès. « Mais elles ont été manipulées à plusieurs reprises lors d’investigations menées entre 2002 et 2007, précise le parquet général. On peut supposer qu’elles ont été égarées à cette occasion. » Rien ne dit pourtant que les lettres figuraient encore à cette époque dans le dossier.
La disparition a été constatée fin mars. Malgré des recherches « minutieuses », le parquet général n’a pu remettre la main dessus et reconnaît aujourd’hui que la situation est « extrêmement embarrassante ». « Nous sommes très soucieux que ces pièces soient retrouvées, le procureur général l’a indiqué à Mme Boulin. Nous avons cherché jusqu’à aujourd’hui », poursuit-on, même si le parquet général considère que des analyses ADN ne sont « pas utiles ».
Après avoir été informée, Michèle Alliot-Marie a ordonné hier une inspection des services judiciaires « pour que la lumière soit faite », a annoncé son porte-parole.
L’inspection aura toute latitude pour entendre les magistrats et greffiers qui ont eu le dossier entre les mains et visiter l’ensemble du tribunal.
Ce premier tome, sur huit, qui, en dehors des lettres, a été reconstitué grâce à des copies, concerne « toute la première partie de l’enquête, au moment de la découverte du corps », précise Olivier Morice. « C’est un vrai scandale, il s’agit d’un élément nouveau qui montre que la justice ne veut pas chercher la vérité dans cette affaire », a attaqué l’avocat, qui a annoncé son intention d’assigner l’Etat pour « dysfonctionnement grave du service de la justice ».
Ce n’est pas le premier raté dans cette affaire hors norme, émaillée d’incohérences propres à remettre en question la théorie du suicide. Les scellés seraient-ils maudits ?
En 1987, les poumons de Robert Boulin ont mystérieusement disparu de l’Institut médico-légal de Paris, probablement lors d’un vol, puisque le cadenas du réfrigérateur qui les conservait a été fracturé. Les autres organes et les viscères du ministre ont, quant à eux, été enterrés dans un carré du cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne) et dix jours de recherches en 1987 n’ont pas permis de les retrouver. L’analyse pointue des poumons de Robert Boulin aurait pourtant été capitale, car les légistes auraient pu comparer l’eau découverte dans ces organes avec celle du plan d’eau où le corps a été découvert.
Robert Boulin, resté ministre pendant quinze ans, un record sous la Ve République, avait été découvert dans l’étang Rompu, en forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979, noyé dans 50 cm d’eau. « Suicidé », selon les conclusions des différentes enquêtes menées par les brigades criminelles de Versailles puis de Paris. La justice a conclu que le ministre avait mis fin à ses jours en absorbant des barbituriques, parce qu’il n’avait pas supporté d’être mis en cause dans une louche affaire immobilière du côté de Ramatuelle.
Un non-lieu définitif a été rendu en septembre 1991. L’enquête ne pourrait être rouverte que si des éléments nouveaux apparaissaient.