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En réalité, aujourd’hui, les États-Unis, pas plus qu’hier les États multinationaux européens, ne sont épargnés par les velléités sécessionnistes.
La guerre entre les États, que nous appelons en France « la guerre de sécession », constitue indiscutablement l’épisode le plus terrible de l’histoire nord-américaine : le nombre de ses victimes a dépassé de loin celui des victimes états-uniennes de chacun des conflits mondiaux auxquels l’Amérique du Nord se trouva mêlée.
Mais d’autres crises politiques moins connues n’en furent pas moins menaçantes pour l’unité des États-Unis (la Convention de Hartford des États de Nouvelle-Angleterre hostiles à la guerre anglo-américaine de 1812-1815, la crise d’« invalidation » de 1832 qui opposa la Caroline du Sud au pouvoir fédéral à propos des tarifs douaniers), et l’époque actuelle voit les sécessionnismes regagner en vigueur.
Ancien analyste du K.G.B., ancien conseiller du président Eltsine bien en cour dans les milieux proches de l’actuel pouvoir russe, le professeur Igor Panarine soutient depuis 1998 la thèse d’un éclatement prochain des États-Unis.
Ces dernières années, ses prédictions se sont précisées et il estimait que cet évènement se produirait en juin ou en juillet 2010. Minés par une crise économique, démographique et morale sans précédent, les États-Unis auraient alors disparu pour céder la place à six nouvelles entités : une Californie élargie, située dans l’orbite chinoise, le Texas augmenté des États adjacents, évoluant dans l’orbite mexicaine, le littoral atlantique, inscrit dans la mouvance européenne, une partie substantielle des États du nord et du centre, unis au Canada, Hawaï, et l’Alaska, de retour dans le giron russe.1
Les écrits et les conférences d’Igor Panarine ont suscité les railleries de nombre de chercheurs russes et de la porte-parole de la Maison Blanche sous la dernière présidence Bush, Dana Perino.
Il est vrai que le bon professeur Panarine, qui se définit lui-même comme un patriote russe, semble prendre ses désirs pour des réalités et décrire comme certain ce qu’il souhaite : la disparition de l’ennemi américain, principal responsable aux yeux de ses compatriotes du démantèlement de l’Union soviétique.
On conviendra que la précision même de ses prédictions – puisqu’il se targuait de pouvoir définir à quelques jours près le moment où les États-Unis exploseraient et le tracé précis des États qui lui succéderaient – a nui à la crédibilité de sa démonstration, et, surtout, que les dites prédictions au final se sont avérées fausses.
Pour autant, la question qu’il formule, en y répondant de manière trop abrupte, mérite d’être étudiée : les États-Unis connaîtront-ils un jour prochain le même sort que l’Union soviétique et la République fédérative yougoslave ?
Il existe de toute évidence des limites à la comparaison entre le système politique de ces deux défuntes entités, d’un côté, et le fédéralisme américain, de l’autre : ce dernier laisse (encore ?) une large place aux libertés individuelles et collectives, en particulier locales, consacrées notamment par le Bill of Rights, c’est-à-dire les dix premiers amendements à la constitution des États-Unis.