Information alternative
Les coûts du sauvetage de l’Union Européenne commencent à menacer l’Allemagne
Par le Telegraph, traduit par la-matrice pour Conspipedia
La crise de la dette qui s’intensifie à la périphérie de la zone euro commence à contaminer la solvabilité de l’Allemagne ainsi que les états du coeur de l’union monétaire.
Les credit default swaps (CDS, dérivés sur événement de crédit ou couvertures de défaillance selon Wikipedia) mesurant le risque sur les obligations Néerlandaises, Françaises et Allemandes ont explosé ces derniers jours, dépassant sensiblement les niveaux des états ne faisant pas partie de l’Union économique et monétaire comme la Scandinavie.
« L’Allemagne ne peut pas continuer à payer pour des renflouements sans finir par être elle-même ruinée », a dit le Professeur Wilhelm Hankel de l’Université de Francfort. « Cela fait peur aux gens. Il est impossible de trouver un coffre-fort dans une banque en Allemagne car ils ont déjà tous été pris et rempli d’or et d’argent. C’est comme une Suisse souterraine au sein de nos frontières. Les gens ont de terribles souvenirs de 1948 et 1923 quand ils ont perdu leurs économies ».
Le refrain a été repris cette semaine par le ministre des finances Allemand, Wolfgang Schäuble. « Nous ne nageons pas dans l’argent, nous coulons dans les dettes », a-t-il dit au Parlement Allemand (Bundestag).
Tandis que la dette privée et publique de l’Allemagne n’est pas extrême, elle est très importante pour un pays à l’aube d’une crise aïgue de vieillissement. Ajusté pour tenir compte des données démographiques, l’Allemagne est déjà l’un des pays les plus endettés au monde.
Les rapports signalant que les officiels de l’UE prévoient des programmes afin de doubler la taille des 440 milliards d’euros faisant parti du mécanisme de sauvetage de l’Union Européenne ont inévitablement provoqué l’indignation en Allemagne. Bruxelles a nié les allégations, mais l’histoire a refusé de mourir précisément parce que les marchés savent que le Fonds pour la stabilité financière Européenne (EFSF, European Financial Stability Facility) ne peut pas faire face à l’évènement le plus probable, à savoir un triple renflouement de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne.
Les dirigeants de l’UE espéraient que ce moment n’arriverait jamais lorsqu’ils ont lancé leur fond « choc et stupeur » en mai dernier. L’engagement seul était censé être suffisant. Mais les propositions de l’UE à la fin octobre pour faire boire le bouillon aux créanciers ont déclenché la fuite des capitaux, ou une « grève de l’acheteur » comme le dit Klaus Regling, directeur de l’EFSF.
Ceux qui sont au cœur des marchés des obligations sont certains que le Portugal aura besoin d’un sauvetage. L’Espagne est en danger alors que les rendements sur les obligations à 10 ans ont atteint le record de 5.2%.
Axel Weber, Président de la Bundesbank, a semblé admettre cette semaine que le Portugal et l’Espagne auront besoin d’être renfloués quand il a affirmé que les gouvernements de l’Union économique et monétaire devraient mettre plus d’argent afin de soutenir le fonds. « 750 milliards d’euros devraient suffire. Sinon, nous pourrions augmenter le montant. Les gouvernements feront ce qui est nécessaire », a-t-il dit.
Savoir si les gouvernements signeront en réalité un nouveau chèque est sujet à question. La chancelière Angela Merkel risquerait la colère populaire si elle devait soulever de nouveaux fonds pour les débiteurs de la zone euro à une période de coupes sociales en Allemagne. Elle fait face à une série d’élections régionales dans lesquelles ses candidats démocrate-Chrétiens sont en difficulté.
Mr Weber est revenu à la charge jeudi en disant que le « pire des scénarios » consistait en un triple renflouement et que cela nécessiterait 140 milliards d’euros supplémentaires pour le fonds. Cette garantie ne suffit probablement pas à apaiser les investisseurs qui se demandent déjà comment l’Italie pourrait éviter la contagion dans de telles circonstances.
« L’Italie est dans de beaux draps », a dit Stefano di Domizio, de Lombard Street Research. Les rendements obligataires ont augmenté de 10 points de base par jour et les écarts sont maintenant les plus élevés depuis le lancement de l’Union économique et monétaire. Nous parlons d’environ 2000 milliards d’euros de dette donc Rome doit souvent exploiter le marché, et c’est bien le problème ».