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Le sommet européen de Bruxelles destiné à consolider le sauvetage de l’euro laisse une curieuse impression. Les chefs d’Etat et de gouvernement réalisent aujourd’hui un travail qui aurait dû être fait avant de lancer la monnaie unique : faire converger les politiques économiques et fiscales, surveiller étroitement la politique budgétaire des Etats membres et mettre en place un dispositif d’intervention rapide et permanent.
Cette fois, l’Union européenne est donc dotée d’un Fonds de secours durable, un FMI européen, capable de prendre des décisions rapidement et non en trois mois comme face à la crise grecque. Quels seront les moyens de ce fonds d’intervention ? Un montant « nécessaire », disent les uns, « suffisant », « convaincant », assure la chancelière allemande, Angela Merkel.
Pour renforcer la vigilance de chacun, le sommet de Bruxelles a entériné le fait que les banques et fonds privés détenteurs de dette publique pourront, au cas par cas, contribuer au sauvetage d’un pays en faillite. Vœux pieux qui verront les banques et les investisseurs augmenter la prime de risque et donc les taux d’intérêt imposés aux pays demandeurs. A moins qu’ils refusent tout simplement de s’engager à prêter de l’argent à un pays en pleine déconfiture.
La BCE s’est d’une manière subtile invitée au sommet de Bruxelles en annonçant un doublement de son capital, qui va passer de 5 à 10 milliards. Elle double ainsi sa capacité d’intervention sur les marchés quand il s’agit d’acheter de l’emprunt irlandais ou grec.
Préparer le camion de pompier est une excellente chose, mais éviter l’incendie est préférable. C’est dans cette optique que Paris et Berlin ont proposé l’ouverture d’un autre chantier, la convergence. Une monnaie unique ne peut servir durablement de parapluie à des économies aussi dissemblables que celles de la Grèce et de l’Allemagne, aussi incomparables que celles du Luxembourg et du Portugal. Si personne ne se pose la question de l’éclatement du dollar américain c’est parce que du nord au sud les situations sont relativement proches. Et quand une région s’effondre sa population peut se déplacer pour aller vers une autre plus prospère.
« Il va falloir aller plus loin pour affirmer au sein de la zone euro la nécessité de la convergence des politiques économiques », au-delà des mesures déjà annoncées cette année pour renforcer la discipline budgétaire commune, a ainsi plaidé Nicolas Sarkozy.
La bonne image à retenir est que l’Europe doit appliquer la recette de la réunification allemande, qui a réussi en faisant de deux pays aussi dissemblables que possible une nation qui accumule les excédents commerciaux…
La question des euro-obligations – ou eurobonds – a été repoussée à plus tard. L’idée est de donner à l’UE ou à des Etats membres la possibilité d’émettre de la dette garantie par tous. La crédibilité de l’UE étant aussi haute que possible, le taux à payer aux créanciers serait un peu supérieur à 2 % pour un emprunt à 10 ans quand la Grèce emprunte à plus de 10 %. L’Allemagne, qui sait ce que vaut sa signature et qui connaît le prix à payer pour la conserver, n’est pas très enthousiaste.
Comme la BCE, l’agence de notation Moody’s s’est invitée au sommet en baissant la note de l’Irlande de cinq crans. Cela se traduira par une augmentation des taux d’intérêt réclamés par les banques à Dublin…