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Les Alliés connaissaient dès 1943 la vérité sur le massacre de Katyn

Les Alliés connaissaient dès 1943 la vérité sur le massacre de Katyn, ce qui ne les a pas empêché de l'attribuer aux Allemands à Nuremberg.
 

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VARSOVIE (Reuters) - Les Alliés occidentaux étaient au courant dès 1943 de la responsabilité des Soviétiques dans le massacre de 22.000 officiers et intellectuels polonais trois ans plus tôt à Katyn, selon des documents rendus publics par les Archives nationales américaines.
 
Pour ne pas mettre à mal leur alliance avec Moscou face à l'Allemagne nazie, le président américain Franklin Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill ont tout fait pour cacher cette réalité, s'opposant notamment aux enquêtes réclamées par le gouvernement polonais en exil à Londres.
 
Pendant de nombreuses années après la guerre, Washington et Londres ont soutenu la thèse soviétique imputant aux Allemands le massacre commis dans la forêt de Katyn, dans l'ouest de la Russie. Les fosses communes avaient été découvertes début 1943 par les troupes d'occupation allemandes en URSS.
 
Dans un télégramme daté du 28 mai 1943, un responsable des services de renseignement de l'US Army, répondant à une offre d'informations sur Katyn, dit que cette affaire ne l'intéresse que si elle démontre "une complicité allemande" dans le massacre.
 
Ce télégramme figure dans les mille pages de documents confidentiels et de photographies rendus publics lundi soir par Washington. On y trouve notamment des échanges de correspondance entre Churchill, Roosevelt et le numéro un soviétique Joseph Staline.
 
Le gouvernement polonais en exil à Londres réclamait alors une enquête de la Croix-Rouge sur la responsabilité des Soviétiques dans le massacre.
 
Staline, feignant l'indignation, avait menacé de rompre ses relations avec le gouvernement du président Wladyslaw Raczkiewicz et de son Premier ministre, le général Wladyslaw Sikorski, qui devait périr dans un accident d'avion à Gibraltar début juillet 1943.
 
 
 
"VÉRITÉ GÊNANTE"
 
 
 
Dans une lettre à Staline, le président américain écrit que Sikorski "s'est fourvoyé" en réclamant une enquête sur Katyn.
 
"J'ai tendance à penser que le Premier ministre Churchill trouvera les moyens de convaincre le gouvernement polonais à Londres d'agir avec plus de sens commun", dit Roosevelt au dirigeant soviétique.
 
Dans une note au même Staline, Churchill se dit "vigoureusement opposé" à toute enquête de la Croix-Rouge.
 
Un autre document montre que plusieurs personnes dans l'appareil d'Etat britannique étaient au courant de la vérité.
 
"Nous avons été contraints (...) d'empêcher les Polonais de mettre cette horrible affaire publiquement sur le tapis", écrit ainsi Owen O'Malley, ambassadeur de Grande-Bretagne auprès du gouvernement polonais en exil, dans une lettre de mai 1943.
 
"Nous avons été forcés d'utiliser la bonne renommée de l'Angleterre pour cacher un massacre, comme les assassins ont utilisé les conifères" de la forêt de Katyn, ajoute-t-il.
 
Ces propos d'O'Malley ont été transmis par Churchill à Roosevelt, dans une lettre que le Premier ministre britannique demande à son correspondant de lui renvoyer par mesure de précaution. "Pas question de laisser circuler officiellement" de telles déclarations, souligne Churchill.
 
"Les Alliés occidentaux savaient la vérité sur Katyn mais cette vérité était gênante", a déclaré mardi Izabella Sariusz-Skapska, présidente de la Fédération des familles de victimes du massacre.
 
Elle a souhaité que la Russie ouvre à son tour ses archives sur ce dossier qui, 70 ans après, continue de peser sur les relations entre Varsovie et Moscou.
 
 
Avec Patrycja Sikora, Guy Kerivel pour le service français
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