Information alternative

Hugo Chavez n’est pas une énigme. Le militaire vénézuélien réélu à la Présidence du pays est une version contemporaine de la démagogie des tribuns de la plèbe : les candidats aux élections de la Rome antique distribuèrent de la farine et de l’huile au peuple afin qu’il accorde ses suffrages à tel ou tel. Les candidats se devaient même d’organiser des Jeux, où des gladiateurs, devenus professionnels du spectacle, offraient des prestations de nature à séduire la masse des électeurs.
Aujourd’hui, les discours, les shows télévisés remplacent les gladiateurs, et la manne pétrolière du Venezuela fait office de farine et d’huile pour les électeurs. Je ne vois pas où est le « socialisme bolivarien » ou la révolution bolivarienne là-dedans.
La distribution des richesses aux plus pauvres de façon à ce qu’ils soient moins pauvres, en soi, est une belle chose, venue des enseignements bibliques et de la charité chrétienne.
Chavez a porté la charité au stade qui se veut suprême de la redistribution massive. Les pauvres et tous ceux qui bénéficient d’une manière ou d’une autre du système d’État lui sont reconnaissants d’avoir renversé la vieille et insolente configuration sociale de l’Amérique latine (venue de la colonisation espagnole à laquelle le « libertador » Bolivar a mis fin il y a presque deux siècles) : une très mince couche de familles fortunées, exportant leurs capitaux et leur luxe jusqu’à Paris ou Madrid, les romans nous ont raconté tout çà, et un peuple vivant de peu, condamné, au mieux à l’exil, à la domesticité, à la servitude ou à la révolte réprimée sans tendresse.
Mais où est la construction d’un nouveau modèle économique et social là-dedans ? On est toujours dans l’économie administrée par l’État, donc par une bureaucratie, une « nomenklatura » carburant aux privilèges, à la corruption, un système finalement moins pénible, physiquement veux-je dire, qu’une dictature à la soviétique ou à la Pinochet…
Le succès démocratique de Chavez a quelque chose de désespérant : est-ce ainsi que les hommes vivent ?