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Le mystère du vol 253 (suite)
Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fermé leurs ambassades à Sanaa dimanche, invoquant des menaces de la branche locale d'Al-Qaïda au Yémen. Et ce juste après avoir annoncé le renforcement de leur coopération contre le mouvement terroriste ayant revendiqué l'attentat manqué de Noël.
La lutte contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique au Yémen a donc pris un tour nouveau et semble aujourd'hui devenue prioritaire pour Washington. Les Etats-Unis accusent cette "franchise" locale de l'organisation d'Oussama ben Laden d'avoir entraîné et armé le jeune Nigérian ayant tenté, le 25 décembre, de déclencher une explosion à bord du vol 253 de la Northwest Airlines assurant la liaison entre Amsterdam et Detroit.
"Des éléments indiquent qu'Al-Qaïda projette de perpétrer un attentat contre une cible dans Sanaa, peut-être notre ambassade", a expliqué lors d'une émission télévisée dominicale John Brennan, conseiller de Barack Obama pour la lutte anti-terroriste. La veille, le président des Etats-Unis avait clairement mis en cause la branche d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique dans l'attentat avorté du jour de Noël.
"Nous n'allons prendre aucun risque", a ajouté John Brennan, sans préciser la durée de fermeture de l'ambassade, qui avait déjà été attaquée à plusieurs reprises, dont deux fois en 2008. Un double attentat à la voiture piégée et un assaut donné par des hommes armés avait fait 19 morts en septembre 2008, sans blesser de diplomates américains ou d'employés. Une opération revendiquée par Al-Qaïda.
Quelques heures après la décision américaine, le gouvernement britannique annonçait à Londres avoir pris une mesure similaire.
La Grande-Bretagne entend s'associer aux Etats-Unis pour financer une unité de police anti-terroriste au Yémen et a également décidé d'organiser une réunion internationale, le 28 janvier, pour discuter des moyens de lutter la radicalisation du Yémen.
"Nous sommes déterminés à détruire Al-Qaïda, que ce soit au Pakistan, en Afghanistan ou au Yémen et nous y parviendrons", a ajouté John Brennan. Tout en excluant cependant qu'il s'agisse de l'ouverture d'un nouveau front.
Reste que cela y ressemble de plus en plus et en tous cas que les Etats-Unis s'y impliquent: Washington vient d'annoncer le doublement l'aide fournie à Sanaa pour 2009. Et samedi, le général David Petraeus, chef du Central Command et à ce titre gestionnaire des guerres d'Irak et d'Afghanistan, a rencontré le président yéménite Ali Abdullah Saleh pour discuter coordination de la lutte contre Al-Qaïda.
Sanaa a pour sa part annoncé l'envoi de centaines d'hommes en renforts dans deux provinces à l'est de Sanaa, celles de Marib et Jouf, connues pour héberger de nombreux membres d'Al-Qaïda.
Washington a aidé le gouvernement yéménite à mener le mois dernier deux attaques visant des bases d'Al-Qaïda, et au cours de l'année écoulée, les Etats-Unis lui ont fourni de plus en plus d'aide en matière de renseignement, surveillance et entraînement. Une coopération qui devrait se renforcer encore avec des drones sans pilote, voire le financement d'hélicoptères et autres matériels. Mais il n'y a officiellement en revanche pas de troupes américaines sur le terrain, ni d'avions de combat.
Autre point noir de la région ayant des liens avec le Yémen, la Somalie, de l'autre côté du Golfe d'Aden, où le mouvement islamiste Al-Shabab a annoncé sa volonté de venir à la rescousse d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Du coup, selon la presse yéménite, les patrouilles côtières ont été renforcées.
L'implantation d'Al-Qaïda au Yémen, terre d'origine de la famille d'Oussama Ben Laden, semble s'être considérablement renforcée au cours de l'année écoulée, jusqu'à se transformer en véritable bastion.
Le régime de Sanaa collabore avec Washington contre Al-Qaïda depuis des années et l'attentat de 2000 contre l'USS Cole, dans le port d'Aden, au Sud-Yémen. Mais le groupe terroriste annonçait en janvier 2009 la naissance d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique, née de la fusion entre les branches yéménite et saoudienne du mouvement. Le groupe, dirigé par un Yéménite, Naser Abdel Karim al-Wahishi, ancien proche de Ben Laden, a bénéficié du renfort de deux Saoudiens libérés de Guantanamo: Said al-Shihri, devenu numéro deux, et Ibrahim Suleiman al-Rubaish, considéré comme le conseiller religieux.
Al-Qaïda a tiré profit de la situation d'un pays où les tribus restent très insoumises au pouvoir central, lequel n'a aucun contrôle sur de vastes régions du Yémen. Le régime de Sanaa est en outre occupé à combattre deux insurrections intérieures, l'une au nord, et l'autre dans le sud du pays toujours rebelle à l'autorité du pouvoir des "nordistes" de Sanaa. Une situation générale de plus en plus chaotique, qui a déjà provoqué l'intervention militaire de l'Arabie saoudite, le voisin du Nord. AP
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