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Le Kirghizistan, un pivot géopolitique
Les grandes puissances rivales, Washington, Moscou, Beijing, et la géopolitique de l'Asie centrale
Source: US Central Intelligence Agency
Carte de l’Asie centrale (avec le Kirghizistan à droite en vert) Un pivot géographique
Aujourd’hui, le Kirghizistan occupe une place de pivot géographique. Ce pays enclavé partage une frontière avec la province chinoise du Xinjiang, un lieu hautement stratégique pour Pékin. Se plaçant parmi les plus petits pays d’Asie Centrale, il est aussi frontalier, au nord de son territoire, avec le Kazakhstan et ses ressources pétrolifères ; à l’est, il est bordé par l’Ouzbékistan et au sud, par le Tadjikistan. Plus encore, la vallée de Ferghana, à la situation politique explosive en raison de ses importantes richesses naturelles, se trouve sur une partie du Kirghizistan ; cette zone multiethnique coutumière de frictions politiques s’étend aussi sur les territoires de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan.
Le Kirghizistan est un pays de hautes montagnes : les chaînes de montagnes du Tian Shan et du Pamir occupent 65 % de son territoire. Environ 90 % du pays s’élève à plus de 1500 mètres d’altitude.
En termes de ressources naturelles, hormis l’agriculture qui représente un tiers de son PIB, le Kirghizistan possède de l’or, de l’uranium, du charbon et du pétrole. En 1997, la mine d’or de Kumtor a démarré l’exploitation de l’un des plus grands gisements aurifères du monde.
Jusqu’à une date récente, l’agence nationale Kyrgyzaltyn possédait toutes les mines et administrait la plupart d’entre elles en joint-venture en association avec des compagnies étrangères. La mine d’or de Kumtor, près de la frontière chinoise, est détenue dans sa globalité par la société canadienne Centerra Gold Inc. Jusqu’à l’éviction de Bakiev, son fils Maxim, à la tête du fonds pour le Développement, dirigeait Kyrgyzaltyn, agence qui est également le plus gros actionnaire de Centerra Gold, aujourd’hui propriétaire de la mine d’or de Kumtor.
Il est tout à fait révélateur que Centerra Gold, basé à Toronto, ait déjà annoncé le « remplacement » de Maxim Bakiev en tant que chef de Kyrgyzaltyn, par Aleksei Eliseev, directeur-adjoint de l’Agence nationale kirghize pour le Développement, au sein de l’équipe dirigeante de Centerra, peut-être sous l’impulsion du Département d’Etat des Etats-Unis et sans que les électeurs kirghizes ne l’y élisent [10].
Le Kirghizistan possède également d’importantes ressources d’uranium et d’antimoine. Il bénéficie en outre de considérables réserves de charbon estimées à 2,5 milliards de tonnes, essentiellement situées dans le gisement de Kara-Keche, au nord du pays.
Pourtant, plus cruciale encore que les richesses minières, reste la principale base de l’US Air Force à Manas, ouverte dans les trois mois suivant le lancement de la « guerre globale contre le terrorisme » en septembre 2001. Peu après, la Russie installait sa propre base militaire non loin de Manas. Aujourd’hui, le Kirghizistan est le seul pays à accueillir à la fois des bases militaires états-unienne et russe, un état de fait peu confortable au bas mot.
En somme, le Kirghizistan, positionné au centre du territoire le plus stratégique au monde, l’Asie Centrale, fait figure de trophée géopolitique très convoité.