Information alternative
Le chef-lieu de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) est Peshawar, une ville d’environ 1,4 million d’habitants. C’est dans cette province que se situent les districts de Malakand et de Swat dont Mingora est la principale ville de la vallée de Swat surnommée la Suisse du Pakistan pour ses hautes montagnes, ses forêts vertes et ses lacs aux eaux limpides. En 2005, la population du NWFP était d’environ 21 millions d’habitants sans compter les 3 millions de réfugiés afghans. La plus petite des quatre provinces du Pakistan, à l’ouest de l’Azad Kashmir et au nord-est du FATA (Federally administered tribal areas ou Régions tribales fédéralement administrées), le NWFP se compose de régions tribales pachtounes qui abrite le fief des Taliban et plusieurs mouvements fondamentalistes islamiques tels que le Harakat ul-Mujahidin (Mouvement des compagnons du Prophète), le Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (Mouvement pour la Défense de la Loi du Prophète), le Lashkar-e-Jhangvi (Armée de Jhang) et l’organisation séparatiste cachemirie Lashkar-e-Toiba (Armée des Pieux) qui agissent essentiellement pour certains au Cachemire (divisé entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais) avec comme objectif principal pour les uns, le rattachement au Pakistan de cet État majoritairement musulman qu’ils considèrent occupé par l’Inde et pour les autres, l’application de la Charia (loi islamique) au Pakistan avec l’établissement de tribunaux islamiques.
C’est plus au sud-ouest, dans les deux districts du Waziristan au sud du FATA frontalière de l’Afghanistan, que l’on retrouve le TTP, l’acronyme de Tehreek-e-Taliban Pakistan (Mouvement des Taliban du Pakistan) qui aurait été fondé fin 2007 en réunissant une quarantaine de factions. Autant que le Tehreek-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM), interdit au Pakistan depuis le 12 janvier 2002 sur ordre du dictateur Pervez Musharaf qui fit emprisonner, sous la pression américaine, son fondateur Sufi Mohammed ayant envoyé des milliers de combattants sur le front afghan, le TTP a fait couler beaucoup d’encre dans la presse de propagande impérialiste, depuis le début du conflit armé en 2004, entre les forces armées pakistanaises et les différents mouvements islamistes, étant tous considérés sans exception, ni sans la moindre distinction, comme des alliés de la nébuleuse internationale Al-Qaïda. Deux mouvements majeurs du Pachtounistan qui défient ouvertement le gouvernement d’Islamabad dont la ligne de conduite est dictée par les États-Unis, de George W. Bush hier et aujourd’hui de Barack H. Obama, pour débusquer les Taliban afghans et les autres Moudjahidins étrangers qui, après la chute de Kaboul en 2001, sont venus au Waziristan en ayant fui à travers les montagnes de Shah Wali Kot en mars 2002, afin de se regrouper et relancer leur guérilla contre les forces d’occupation en Afghanistan.
Le Talibanistan déterre la hache de guerre
Dans une chronologie non-exhaustive de la guerre du Waziristan, depuis 2002, tout l’ouest du Pakistan vit pratiquement à l’heure afghane, ou plutôt à l’heure américaine de la guerre contre le terrorisme. Fin février 2002, la presse britannique Sunday Express [6] annonçait déjà que « les forces spéciales américaines et britanniques avaient localisé le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden », et 50 partisans fanatiques, dans une zone montagneuse de la région de Toba Kabar « au nord de la ville de Khanozai et de Quetta » dans le nord-ouest du Pakistan, près de la frontière afghane, justifiant ainsi aux yeux de l’opinion publique occidentale l’entrée de l’OTAN au Pakistan. « Nous nous engageons dans des opérations des deux côtés de la frontière, dans une opération du genre » marteau et enclume « », disait le général David Barno lors d’une vidéo-conférence en direct d’Afghanistan avec la presse propagandiste, moins catastrophiste que cacophonique mais tout autant sensationnaliste, spécialement accréditée au Pentagone, la même presse que le tapage médiatique contre les armes de destruction massives de Saddam Hussein et ses liens supposés avec Al-Qaïda, dans les préambules de la guerre d’Irak de 2003.
Au milieu du marteau américain et de l’enclume pakistanaise, la guerre du Waziristan a ainsi éclaté, dans un contexte international en 2002 et national en 2004, avec un jeu du chat et de la souris dans les zones tribales pachtounes du Sud-Waziristan entre les Taliban afghans accompagnés des djihadistes étrangers, bénéficiant de l’appui des Taliban pakistanais, et les Scouts de Wana (unité paramilitaire pakistanaise stationnée à Wana) aidé du soutien des laskhar (milice tribale de la tribu Wazir) chargés de partir à la recherche des militants étrangers et de punir les membres des tribus qui les aidaient en détruisant leurs maisons et en leur imposant de lourdes amendes d’un million de roupies pakistanaises, soit environ 14.500 euros. Ces Taliban pakistanais, de la tribu pathane Mehsud notamment, ont alors été considérés comme des alliés inconditionnels d’Al-Qaïda et, sous les impératifs américains, ont été recherchés par les autorités tribales et fédérales pakistanaises.
Suite à la longue opération Blizzard de Montagne aux résultats mitigés, « en deux mois, 1 731 patrouilles, 143 raids et opérations de recherches ont été menées. 22 combattants ennemis ont été tués, de nombreuses caches d’armes ont été découvertes, avec 3 648 roquettes, 3 202 obus de mortiers (…) et des dizaines de milliers de munitions pour armes légères », détaillait le général David Barno, l’opération Tempête de Montagne fut menée, à partir du 7 mars 2004, dans les régions frontalières du Pakistan, avec des actions coordonnées entre l’armée régulière pakistanaise ainsi que des forces paramilitaires et l’armée américaine dont la fameuse Task Force 121, unité d’élite dont les membres, agents sur-entraînés de la CIA et militaires des forces spéciales, sont crédités de la capture du président irakien Saddam Hussein en décembre 2003. Malgré la traque par des milliers de soldats, les milliers de dollars du contribuable américain déversées aux différentes tribus pakistanaises, aux liens aussi étroits que des ruelles parisiennes depuis les années 1980 durant la guerre soviétique en Afghanistan, et les moyens technologiques haut de gamme mis à l’oeuvre, l’effet de tenaille de l’opération Tempête de Montagne n’a eu pour résultat que de déstabiliser un peu plus le Pakistan et de renforcer les rangs du Talibanistan mais aussi du monde musulman en général.
Face à l’incapacité américaine et la nonchalance pakistanaise, les accords de Shakai sont conclus en mars 2004 entre les tribus et le gouvernement. Après avoir amené des centaines de militants étrangers à Wana en 2002/2003 et infligé une cuisante défaite à l’armée pakistanaise, le célèbre seigneur de la guerre Nek Mohammed, du clan Yargulkhel de l’élite tribale des Wazir qui domine la partie occidentale du district du Sud-Waziristan directement frontalière de l’Afghanistan, et quatre autres leaders locaux également soupçonnés d’avoir apporté de l’aide aux combattants étrangers, sont amnistiés et libérés par Pervez Musharraf sans promettre de ne pas utiliser le sol pakistanais pour mener des attaques en Afghanistan, ni d’aider Islamabad à retrouver et enregistrer les combattants étrangers en leur offrant l’asile au Pakistan. « Il y a toujours des combattants étrangers là-bas. Ils sont Arabes, Tchétchènes, Ouzbeks (…), n’appartiennent pas aux tribus et continuent d’utiliser la région pour accomplir leurs objectifs terroristes », déclarait le général David Barno, commandant des forces américaines et de la coalition en Afghanistan, à la mi-mai 2004. « Il est très important que l’armée pakistanaise poursuive ses opérations, en particulier contre les combattants étrangers, qui à mon sens ne doivent faire l’objet d’aucune conciliation », poursuivait le général américain justifiant de la sorte la continuation des opérations transfrontalières au mépris de la souverainté du peuple pakistanais. Il est bon de noter que c’est également au mois de mai de cette année que le Pakistan a été réadmis au sein du Commonwealth [7], après y avoir été exclu en 1999 suite au renversement du régime de Nawaz Sharif par Pervez Musharraf dans les événements qui ont suivi le conflit de Kargil que nous aborderons plus loin.
Le puissant commandant Abdoullah Mehsud
En juin 2004, après l’assassinat par un drone américain du seigneur de la guerre Nek Mohammed considéré comme un héros par beaucoup d’habitants du Waziristan, Abdoullah Mehsud, de son vrai nom Nour Alam, alors âgé de 30 ans et entré en conflit avec Baitullah Mehsud pour la direction de l’union des mouvements talibans devenue le TTP, devient l’incarnation de la lutte indépendantiste du Pachtounistan contre le régime de Pervez Musharraf dans tout le Waziristan. Le guerrier Abdoullah Mehsud qui avait répondu à l’appel de la guerre sainte lancé par des religieux pakistanais en octobre 2001, avait pris part très tôt au combat en Afghanistan aux côtés des Taliban longtemps après avoir combattu une première fois à leur côtés, en 1996, contre les troupes de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Il perdit une jambe en sautant sur une mine quelques jours après la prise de Kaboul par les Taliban. Lors du siège de Kunduz, du 11 au 23 novembre 2001, qui marqua un tournant décisif dans la guerre d’Afghanistan, Abdoullah Mehsud fut contraint de se rendre au général Abdoul Rachid Dostom de l’Alliance du Nord, le principal leader de la communauté ouzbek en Afghanistan et un des plus célèbres seigneurs de la guerre afghan. Remis par la suite à l’armée américaine, il fut envoyé à la base de Guantanamo où il y passa 25 mois avant d’être libéré et reconduit à Kaboul.
En octobre 2004, le commandant Abdoullah Mehsud a été accusé de l’enlèvement de deux ingénieurs chinois travaillant à la construction d’un barrage. L’un des otages a été tué, dans des échanges de tirs, au cours d’une opération de sauvetage menée par les troupes d’élite de l’armée pakistanaise. Le mercredi 29 décembre 2004, un responsable politique pachtoune était assassiné. Le lendemain, Asmatôllah Gandapour, le représentant du gouvernement pakistanais dans le district du Sud-Waziristan, et son chauffeur furent blessés par l’explosion d’une bombe sur le bord d’une route du district de Tank, à proximité du camp de réfugiés de Dabara. Gandapour dirigeant des campagnes successives contre les militants étrangers et leurs soutiens locaux était considéré comme un ennemi de l’Islam pour le Talibanistan. La notoriété d’Abdoullah Mehsud s’accroit au fil de ses opérations dans le Sud-Waziristan. Le lundi 7 février 2005, des leaders tribaux du Sud-Waziristan signèrent une amnistie avec le gouvernement pakistanais. Ils recevèrent 540.000 $ à l’exception de Baitullah Mehsud, un Taliban discret prétendu être à la tête d’une dizaine de combattants à peine et réputé piètre négociateur bien qu’il était considéré par le gouvernement afghan comme l’un des lieutenants du mollah Omar, le chef suprême des Taliban tant afghans que pakistanais. Exclu de ces négociations pour son rôle présumé dans le kidnapping des deux chinois, Abdoullah Mehsud continua de consolider son pouvoir dans toute la région en poursuivant sa guerre sainte avec son lieutenant Qari Zainuddin Mehsud. « L’accord de paix entre Baitullah Mehsud et le gouvernement n’affectera pas ma lutte contre les forces de sécurité », déclarait-il à l’hebdomadaire The Friday Times. « Notre mouvement ne perdra pas de sa vigueur si deux ou trois de nos combattants se rallient au gouvernement », poursuivait-il.
Au printemps de l’année 2005, Abdoullah Mehsud fut une fois de plus suspecté, par Sherpao, d’être impliqué derrière la vague d’attentats-suicides à travers le Pakistan, que la cacophonie de la presse occidentale citait être prônés par Baitullah et dénoncés par Qari comme étant interdits par l’Islam. L’une des dernières attaques du commandant Mehsud avait justement visé le ministre de l’Intérieur, Aftab Ahmad Khan Sherpao, à son domicile dans le district Charsadda dans la province NWFP. Dans ces circonstances, un mandat d’arrestation contre Abdoullah Mehsud fut alors délivré par le gouvernement pakistanais mais n’a jamais été mis à exécution [8]. C’est le début de la cavale pour l’idéaliste pachtoune et figure montante du Talibanistan. D’après certaines sources peu fiables, depuis sa libération de Guantanamo, le commandant Mehsud se rendait souvent au Balouchistan, au sud-ouest du Pakistan, où il était également soupçonné de participer à la formation des nouveaux mouvements pakistanais qui auraient été fondés par Nek Mohammed en 2002 [9] dont le Joundallah (Soldats de Dieu) qui se fait appeler « Mouvement de Résistance Populaire d’Iran » et le Jaishul al-Qiba al-Jihadi al-Siri al-Alami (Armée Secrète du Djihad International) prétendue consacrer ses efforts dans l’entraînement et l’endoctrinement de la nouvelle génération de djihadistes. Au soir du lundi 23 juillet 2007 et après une traque depuis plus de deux ans, Abdoullah Mehsud est repéré par les services de renseignements dans une maison du district de Zhob, dans la province du Baloutchistan. Encerclé, il opposa une résistance farouche avant de choisir de se donner la mort. « Il s’est fait exploser lundi soir avec une grenade quand les forces de sécurité ont lancé l’assaut », expliquait le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Javed Cheema. Dénoncé par des proches ou non, le puissant commandant Abdoullah Meshud a préféré la mort à la captivité. Dans ce concours de circonstances, Baitullah Mehsud s’empara du pouvoir dans le Waziristan et devint l’unique leader des factions réunies sous la bannière du Tehreek-e-Taliban Pakistan.
Qui dirige qui ?
Après la relative » trève » nationale de 2006 et malgré plusieurs luttes de pouvoir internes très compliquées pour les non-initiés mais permettant au gouvernement pakistanais d’exploiter habilement les différends qui opposent les tribus, les mouvements et les ethnies baloutche, ouzbèke, pachtoune, penjabie et turkmène qui soutiennent ou ne soutiennent pas les militants étrangers comme les Arabes ou les Tchétchènes – je citerai par exemple, la nomination du mollah Nazir à la tête du commandement des Wazir, en dépit de la faiblesse de ses liens tribaux, qui a eu pour conséquence de mécontenter les Yargulkhel, qui a produit un grand nombre de commandants Taliban tel Nek Mohammed, car le mollah Nazir appartient au Kakahel, un autre obscur sous-clan des Zalikhel auquel est également rattaché les Yargulkhel, les Zalikhel contrôlant Wana et constituant la plus importante des neuf sous-tribus qui composent la tribu Wazir [10] -, les combats ont repris dans une nouvelle violente escalade très médiatisée.
La guerre du Waziristan recommence suite au siège meurtrier de la Mosquée rouge d’Islamabad, en juillet 2007, par le Military Intelligence, agence rivale de l’ISI, sur décision du président Pervez Musharraf. Une sombre affaire assez complexe, très médiatisée comme toujours en Occident dans ses grandes lignes habituelles « Taliban, Ben Laden, Al-Qaïda, attentats terroristes, etc », mais bien peu développée dans ses détails croustillants, je dirais, pour les personnes cataloguées conspirationnistes, en raison de certaines implications gouvernementales. Cette affaire suscita un grand intérêt avec la découverte surprenante, sous la Mosquée rouge, d’un centre de transmission secret aux fils directement reliés au quartier général de l’ISI voisin, appelé Point Zero et se situant dans le quartier du marché d’Aabpara [11] de la capitale pakistanaise. Manipulation politique des uns ou complot islamiste des autres, l’ISI a attisé un peu plus la méfiance de l’ancien général et président Pervez Musharraf. En parallèle à la purge du secteur antiterroriste de l’ISI, un peu plus de deux mois après l’assaut de la Mosquée rouge ayant entraîné la mort de plus d’une centaine de personnes, le 21 septembre 2007, Musharraf fit remplacé le chef de l’ISI, le général Ashfaq Kayani, par le général Nadeem Taj, un proche parent de sa femme jugé plus fiable. Ce dernier étant soupçonné, par les yankees, de collaborer avec les Taliban, depuis le 29 septembre 2008, c’est le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha, précédemment directeur des opérations militaires de l’état-major général dont dépendent l’ISI et le Military Intelligence, qui a repris les rennes de cette agence du renseignement pakistanais [12]. Toujours dans ce jeu de chaises musicales, aprés sa réélection d’octobre 2007, Musharraf abandonna l’uniforme et plaça à la tête du chef d’état-major des armées, le général Ashfaq Kayani qu’il avait limogé quelques semaines plus tôt.
Un peu comme la CIA, l’ISI est considérée comme un État dans l’État, sous la houlette de l’armée, qui dirige secrètement le Pakistan depuis plus de 60 ans et qui s’est fait mondialement connaître lors de l’opération Cyclone de la CIA pendant la guerre soviétique d’Afghanistan (1979-1989). En novembre 2008, après l’arrivée au pouvoir d’Asif Ali Zardari à la place de Pervez Musharraf, le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha ordonna le démantèlement de la branche politique de l’ISI dont la coopération est jugée vitale pour Londres et Washington dans leur lutte pittoresque de la menace fantômatique d’Al-Qaïda et l’insurrection des Taliban en Afghanistan. En s’aventurant sur ce terrain impénétrable que certaines personnes s’accorderont à cataloguer de conspirationnisme, une autre question à se poser, tout aussi intriguante que l’argent de l’opium afghan, est qui dirige réellement l’armée du Pakistan ? Est-ce Washington ? Londres ? Riyad ? Tel-Aviv ?
Depuis cet événement majeur, deux autres violents attentats ont secoués le Pakistan et sont entourés d’un épais voile de mystères malgré leur retentissement dans les médias de masse. Le premier, du 18 octobre 2007 à Karachi, qui a coûté la vie à 139 personnes, au soir même du retour d’exil de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto. Et le second, du 27 décembre 2007 à Rawalpindi dans la banlieue sud d’Islamabad, où Bhutto fut assassinée avec 20 autres personnes dans des conditions très controversées. Aurait-elle été tuée suite à un choc à la tête lors de l’explosion de la ceinture d’explosifs du kamikaze ou à cause de ses blessures à la tête causées par une balle tirée, entrée par la nuque et sortie par le cou, par un second kamikaze sur les lieux ? Dans l’optique de la déstabilisation du Pakistan souhaitée par des étrangers non-eurasiens, d’autres sources avancèrent l’hypothèse d’un complot manigancé par un escadron de la mort américain, qui était commandé précédemment par le général McChrystal aujourd’hui à la tête de la coalition ISAF, ayant commis plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde dont l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’événement qui a déclenché la Révolution du Cèdre. Un escadron de la mort qui était placé sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney pendant l’administration Bush [13]. Selon le quotidien saoudien Al-Watan, l’ancien chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Mirza Aslam Beik, a aussi accusé la société militaire privée Blackwater/Xe Services de l’assassinat de Bhutto et Hariri sur les ondes de la radio pakistanaise Wakt [14]. N’oublions pas que c’est dans la courte période entre ces deux attentats, que lors d’une interview accordée au journaliste David Frost d’Al-Jazira, le 2 novembre 2007, Bhutto affirma clairement que Oussama Ben Laden était mort tout en citant le nom de son meurtrier, Omar Sheikh, un agent de l’ISI.
Au récit de tous ces événements, j’insiste sur le fait qu’il est primordial de bien différencier un attentat visant une personnalité politique pakistanaise, des forces de sécurité que ce soit l’armée ou la police, ou encore une personne défendant des intérêts étrangers, et un attentat commis contre des civils. Dans ce cas-ci, les Taliban pakistanais savent avec pertinence qu’ils n’ont absolument rien à gagner en commettant de telles exactions. Par contre, cette terreur profite à Islamabad, et donc à Washington, pour à la fois discréditer l’idéal des Taliban et justifier leurs opérations militaires dans les zones tribales du Pakistan. Pour le Talibanistan, le soutien du gouvernement corrompu du Pakistan aux Etats-Unis, dans leur guerre contre le terrorisme en Afghanistan contre des Taliban et contre l’Islam, fait du régime pakistanais un ennemi de l’Islam à sévèrement punir.
Ainsi Swat-il !
Suite à ces incidents sanglants, c’est principalement dans les deux districts du Waziristan (FATA), dans les districts de Malakand et de Swat (NWFP) mais aussi dans la région de Peshawar qu’ont eu lieu la majorité des opérations militaires de grande envergure comme l’opération Rah-e-Haq (en ourdou « chemin de la vérité ») ou la Première bataille de Swat, bien qu’il eut aussi des affrontements dans le district de Shangla, qui se déroula du 25 octobre au 8 décembre 2007. L’opération militaire opposa principalement le Frontier Corps (armée des Frontières) au TNSM
conduit par l’ultra-radical maulana Qazi Fazlullah, dit « mollah Radio » pour avoir dirigé depuis 2006 une radio FM depuis la madrassa familiale et beau-fils de Sufi Mohammed, à la tête de 4.500 sympathisants, dont 2.000 étaient rassemblés au sein d’une organisation armée baptisée Shahin contrôlant 59 villages dans trois des sept vallées du district de Swat selon les autorités [15]. Après les batailles de Matta, Charbagh et Khwazakhela qui ont repoussé les Taliban, les affrontements devenus sporadiques se sont transformés, dans les mois qui suivèrent, en insurrection de faible intensité accompagnée de relatifs cessez-le-feu acceptés par les deux camps.
Le 23 avril 2008, le chef Baitullah Mehsud donna l’ordre à tous les militants du TTP de cesser leurs activités armées, alors que le gouvernement s’engageait dans un processus de paix avec les combattants des zones tribales. Après trois mois de captivité, Tarik Azizuddin, l’ambassadeur pakistanais en Afghanistan, kidnappé le 11 février 2008 par un groupe de bandits et cédé au TTP, est libéré le 18 mai 2008 en échange de la libération de 40 Taliban détenus dans les geôles pakistanaises. Dans l’espoir d’enfin ramener la stabilité dans la région de Malakand, Pervez Musharraf fait libérer le maulana Sufi Mohammed après 6 années de détention en échange de ses efforts pour rétablir la paix au Swat. Ce dernier, désigné par Islamabad comme étant un Taleb dit modéré pour plaire aux injonctions de Washington, dirigea les nouvelles négociations de paix entre le TNSM et les autorités du NWFP, qui n’aboutiront à une signature que le 16 février 2009. Le maulana Sufi Mohammed ne manqua pas de qualifier la constitution pakistanaise et le pouvoir judiciaire au grand complet de non-islamique et déclara que toute la démocratie était hérétique. « La démocratie est un système d’infidèles introduite en Asie par les impérialistes britanniques ! » affirmait Sufi. « Si vous ne vous opposez pas au système politique impie, Allah n’acceptera aucune de vos prières » rajoutait le fondateur du TNSM. « Les femmes ne doivent pas être autorisées à quitter leur maison, sauf pour se rendre au pèlerinage de la Mecque ! », proclamait le Taleb modéré.
Dans leur tentative de paraître bon et généreux, les illusions des politiques et de leur diplomatie quant aux Taliban dits modérés n’ont d’égales que le profesionnalisme des journalistes de la presse alignée. Ainsi, dans un nouvel exercice magistral de la cacophonie des mass médias occidentaux qui aiment plaire à la petite ménagère et au vétéran patriotique, la BBC à l’occasion de la sortie de prison de Sufi Mohammed écrivait : « Nos correspondants disent que la libération de Sufi Mohammed peut affaiblir la position du maulana Fazlullah qui dépend lourdement des supporters de Sufi Mohammed ». C’est à se demander deux choses, premièrement, si ces journalistes comprennent réellement quelque chose à la situation ambigue du Talibanistan, et deuxièmement, sont-ils vraiment des journalistes ou de vulgaires hauts-parleurs censés alimenter le règne de la peur ?