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Le coup de poker de Papandréou

Le coup de poker de Papandréou

L'annonce surprise d'un référendum en Grèce sur l'accord obtenu la semaine dernière à Bruxelles provoque la stupeur en Europe. George Papandréou, le Premier ministre, met en danger son avenir politique et l'appartenance du pays à la zone euro. Mais aussi l'existence même de cette dernière. Décryptage.

Le Premier ministre grec George Papandréou a surpris tout le monde en annonçant lundi 31 octobre la tenue d'un référendum sur l'accord européen du 26 octobre.
Le Premier ministre grec George Papandréou a surpris tout le monde en annonçant lundi 31 octobre la tenue d'un référendum sur l'accord européen du 26 octobre.
Reuters

Le Premier ministre grec George Papandréou a décidé lundi soir de soumettre l'accord européen sur le plan de sauvetage de la zone euro à l'approbation de ses citoyens. Ce plan, adopté dans la douleur par les 17 membres de la zone euro le 26 octobre, prévoit l'effacement d'une partie de la dette d'Athènes, en contrepartie d'une austérité toujours plus vigoureuse et d'une tutelle renforcée des bailleurs de fonds du pays (UE, BCE et FMI), la fameuse "troïka". Ce référendum, qui devrait se tenir en janvier selon la presse grecque, sera le premier depuis l'abolition de la dictature des colonels en 1974.

Pourquoi Papandréou a-t-il convoqué ce référendum?

Les Grecs "veulent-ils l'adoption du nouvel accord ou le rejettent-ils ? Si les Grecs n'en veulent pas, il ne sera pas adopté", a déclaré lundi soir le Premier ministre devant le groupe parlementaire du parti socialiste (Pasok). "La volonté du peuple grec s'imposera à nous", a-t-il ajouté. Ce qui est sûr, c'est que l'annonce de ce référendum est une véritable surprise. Les députés de la majorité, y compris le ministre des Finances Evangélos Venizélos, n'étaient pas au courant. Deux députées socialistes grecques ont d'ores et déjà contesté la décision de Georges Papandréou, l'une annonçant sa défection, l'autre réclamant un cabinet "de salut national". L'opposition de droite, elle, dénonce une manoeuvre politique pour " gagner du temps ", tandis que le Parti communiste crie au "chantage". De fait, tous les analystes jugent que Georges Papandréou a choisi la fuite en avant. Selon médias et politologues, le Premier ministre a abattu la carte du référendum au risque de déstabiliser la zone euro pour éviter la tenue d'élections législatives anticipées, à l'issue très incertaine au vu de la décomposition politique en Grèce... et très risquée pour les socialistes.

Sur quoi portera-t-il?

Les Grecs devront dire s'ils approuvent, ou non, le plan d'aide conclu la semaine dernière par la zone euro. La principale mesure de ce plan est un effacement de 50% de la dette publique grecque détenue par des acteurs privés (banques, fonds d'investissement et assureurs...).Soit un coup d'éponge de quelque 100 milliards d'euros sur un total de 200. Une mesure à laquelle devraient participer 90% des banques, d'après l'Institut de la finance internationale (IIF), le lobby mondial des banques. Ce plan permet de rendre soutenable l'objectif de ramener le taux d'endettement du pays à 120% de son PIB en 2020. D'ici là, la Grèce aura évidemment du mal à faire appel aux marchés pour se financer. L'accord prévoit donc de lui donner accès à 100 milliards d'euros de prêts publics supplémentaires.

En quoi cet accord est-il controversé?

De l'avis de nombreux analyste, seul un effacement d'au moins la moitié de la dette grecque pourrait permettre au pays de s'en sortir. C'est justement ce que prévoit l'accord. "Une nouvelle époque, une nouvelle ère s'ouvre pour la Grèce", avait d'ailleurs déclaré George Papandréou à l'issue du sommet jeudi. La dette publique du pays devient "viable", avait estimé de son côté le ministre des Finances Evangélos Vénizélos. Le problème, ce sont les contreparties. La Grèce doit désormais passer sous les fourches caudines de ses bailleurs de fonds. L'accord du dernier sommet prévoit dorénavant non plus seulement des inspections trimestrielles de la troïka, mais un contrôle peu ou prou permanent. En parallèle, une "task force" de la Commission travaille sur place pour optimiser l'utilisation par le pays des fonds de l'UE.

Les Grecs vont-ils dire oui... ou non?

En proposant de soumettre au vote populaire le plan européen, George Papandréou fait un pari dangereux. Les Grecs, une fois bien informés, approuveront ce plan, affirme-t-il. Rien n'est moins sûr. Vendredi dernier, à l'occasion des défilés de la fête nationale grecque, des manifestations se sont déroulées pour protester contre les conséquences de l'accord européen, aux cris de "traîtres ". Les Grecs craignent en effet que cet accord n'entraîne une perte totale de souveraineté. Un sondage paru le week-end dernier montre qu'une majorité de Grecs jugent les décisions du sommet européen négatives, 12,6% seulement les jugeant positives.

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