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Les émeutes sanglantes ont continué hier de secouer des régimes autoritaires du monde arabe comme la Libye, le royaume de Bahreïn, le Yémen ou Djibouti.
La révolte ne s'éteint pas dans le monde arabe après la chute, le 14 janvier, du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et celle de l'Égyptien Hosni Moubarak, tombé le 11 février sous la pression de la rue.
De Tripoli à Manama
La Libye s'est particulièrement illustrée en réprimant sans nuance des manifestations hostiles au régime. Près d'une centaine de personnes ont déjà péri, selon des observateurs internationaux qui s'appuient sur des sources libyennes. La contestation semble se transformer en véritable insurrection à Benghazi, dans l'est du pays, où 24 personnes ont péri vendredi dans les heurts entre manifestants et policiers (lire ci-contre).
À Bahreïn, le régime sunnite est confronté à des manifestations chiites (population majoritaire, exclue du pouvoir). Hier, des milliers de manifestants antigouvernementaux sont revenus sur la place de la Perle à Manama. Au Yémen, de violents affrontements ont opposé à Sanaa des manifestants à des partisans du régime. À Aden (au sud), un adolescent a été tué par une balle perdue lors de la dispersion par les forces de sécurité d'une manifestation. En Algérie, d'importantes forces de sécurité et des véhicules blindés ont encadré et repoussé les manifestants (lire ci-dessous). Enfin, à Djibouti, un policier et un manifestant ont été tués lors de heurts après un rassemblement de l'opposition qui réclame la fin du régime du président Omar Guelleh.
« Un mur est tombé »
« Les situations sont très différentes d'un pays à l'autre. Mais le point commun est une forme de déblocage dans les têtes, comme si un mur de Berlin psychologique était tombé. Les gens n'ont plus peur d'affronter le pouvoir et les balles », explique Vincent Geisser, chercheur à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman. Le spécialiste parle d'une « espérance démocratique forte et contagieuse, qui touche des populations très différentes ».
Tout en prédisant la « poursuite » de ces mouvements, Vincent Geisser admet le rôle majeur de l'information dans ce type de révolte. « Il est certain qu'Internet et les réseaux sociaux permettent au moins de ne plus réprimer en silence. Dans certains pays qui organisent un bouclage médiatique, on peut craindre effectivement un bain de sang. » En Libye notamment…
La Libye du colonel Kadhafi est en proie à une contestation sans précédent, qui s'étend dans les faubourgs de la capitale et aurait déjà fait une centaine de morts.
« Les Libyens ont vécu en temps réel les événements qui se sont déroulés à leurs frontières. Il ne faut pas oublier qu'il y a des milliers de Tunisiens qui travaillent en Libye », explique Denis Bauchard, conseiller à l'Institut français des relations internationales et ancien diplomate français.
« Les Libyens sont usés par 42 années de révolution qui ne leur ont jamais apporté le bien-être. Ils vivent dans un émirat pétrolier sans bénéficier des infrastructures, de la santé, de l'éducation et des perspectives d'avenir qu'ils devraient avoir. Ils n'ont aucune liberté d'expression », souligne Antoine Basbous, de l'Observatoire des pays arabes.
Au pouvoir depuis 1969, Mouammar Kadhafi, 68 ans, dispose cependant d'une marge de manœuvre financière fondée sur les revenus du pétrole. Ils font de la Libye, grande comme trois fois la France mais désertique à 93 % et habitée par seulement 6,3 millions d'habitants, un des pays les plus riches d'Afrique. Le sort du régime tient désormais essentiellement au soutien de l'armée.