Alors que la Grèce était de nouveau quasi-paralysée mercredi 5 mai par une grève générale, la manifestation à Athènes a dégénéré en violences.
Trois personnes sont mortes dans l'incendie d'un immeuble abritant une agence bancaire dans le centre d'Athènes où se trouvaient une vingtaine de personnes, a indiqué la police. La succursale bancaire a été incendiée par des cocktails Molotov lancés par des jeunes portant des cagoules, en marge de la manifestation.
De violents affrontements ont opposé dans le centre d'Athènes des groupes de jeunes lançant les cocktails incendiaires et des policiers ripostant par des tirs de gaz lacrymogènes.
Des devantures de magasins et d'agences bancaires provoquant des débuts d'incendies sur une avenue du centre d'Athènes ont également été pris pour cible par des groupes de quelques dizaines de jeunes. Des vitrines de magasins et des abris-bus ont été détruits à coup de barres de fer sans que la police soit visible sur les lieux. Les jeunes s'infiltraient ensuite dans le cortège des manifestants qui défilent.
A Salonique (nord), deuxième grande ville de Grèce, des jeunes manifestants ont jeté des pierres contre des magasins et des agences bancaires du centre de la ville au cours de la manifestation. Les policiers ont également riposté à coup de gaz lacrymogènes (Voir la vidéo ci-dessous de Channel 4 news)
Troisième journée de grève nationale
Les grands syndicats du pays avaient appelé à une nouvelle journée de grève générale, la troisième depuis février, pour protester contre les nouvelles mesures d'austérité imposées par le gouvernement socialiste en échange de l'aide de l'UE et du FMI. Depuis minuit, les transports aériens et maritimes sont immobilisés et les dessertes ferroviaires interrompues.
La grève devait entraîner la fermeture des écoles et des administrations. Banques et grandes entreprises du secteur public fonctionnaient au ralenti. Les hôpitaux publics fonctionnaient avec un personnel d'astreinte.
Le pays est privé de toute information des radios-télévisions en raison du ralliement au mouvement du syndicat des journalistes. Les journaux ne devaient pas paraître jeudi.
Les transports urbains (bus, métro, trolleys, tramways fonctionnent cependant à Athènes de 10h (7h GM, 9h heure française) à 16h (15h heure française) pour permettre aux grévistes de participer aux rassemblements à l'appel des deux grandes centrales syndicales, la Confédération des salariés du privé (GSEE, 1 million d'adhérents) et celle du public (Adedy, 370.000). Les taxis travaillaient normalement dans tout le pays.
Les fédérations de commerçants avaient appelé leurs membres à se joindre à la grève, mais les commerces étaient ouverts normalement mercredi matin à Athènes et à Salonique, la grande ville du nord de la Grèce.
Une "lutte contre les mesures antisociale"
Le rassemblement organisé à Athènes mercredi par les syndicats est "le plus important jamais organisé" en Grèce, selon la Confédération générale des travailleurs de Grèce (GSEE), principal syndicat du secteur privé.
Côté policier, on affirme que quelque 20.000 personnes étaient rassemblées mercredi à la mi-journée dans le centre d'Athènes et environ 14.000 à Salonique (nord) dans le cadre de la grève générale.
Près de 10.000 manifestants, massés sous un grand soleil derrière une banderole appelant à la "lutte contre les mesures antisociale" écoutaient des discours de dirigeants syndicaux des deux grandes centrales syndicales, la Confédération des salariés du privé (GSEE, 1 million d'adhérents), et celle du public (Adedy, 370.000) en attendant de commencer à défiler.
A Athènes, de nombreux calicots tenus par les manifestants appelaient à "faire payer la crise par les riches" ou critiquaient l'UE et le FMI, qui ont obtenu que le gouvernement grec mette en place des mesures d'austérité draconiennes en échange d'un plan de sauvetage de la Grèce de 110 milliards d'euros sur trois ans.
"FMI et UE nous volent un siècle d'acquis sociaux", proclamait l'une de ses banderoles.
De son côté, le Pame a réuni environ 10.000 personnes sur une autre place de la capitale.
Les grévistes s'apprêtaient à manifester dans le centre de la capitale jusqu'au parlement où sont discutées en commission les mesures de rigueur et d'austérité demandées par l'Union européenne et le Fonds monétaire international.
Journée test
Parmi les mesures annoncées du plan d'économie figurent une hausse de la TVA, qui passera de 21 à 23%, une augmentation de 10% des taxes sur les carburants, l'alcool et le tabac, et un gel des salaires et retraites du secteur public.
"Ces mesures sont injustes, elles pèsent uniquement sur les personnes pauvres et vulnérables", a dénoncé Ilias Iliopoulos, le secrétaire général d'Adedy. "Nous continuerons à manifester et nous invitons les salariés à nous soutenir."
La participation sera observée avec attention comme un test du niveau d'opposition à ces mesures.
Les sondages traduisent une colère croissante de l'opinion publique. Les Grecs estiment payer le prix de la crise grecque alors que la corruption et l'évasion fiscale restent impunies.
Les investisseurs redoutent que le mouvement social mette en péril la mise en place de la réforme de la Grèce par le gouvernement.
Notre patience "est quasiment à bout"
Le vice-chancelier et ministre des Finances autrichien Josef Proell a affirmé que l'Europe perd patience avec la Grèce : "Quand on voit les mouvements de protestations en Grèce, notre patience, à moi et au reste de l'Europe, est quasiment à bout", a-t-il dit.
Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a prévenu de son côté que la Grèce s'exposait au défaut de paiement si elle ne remplissait pas ses engagements, rappelant que le versement de l'aide serait conditionné à des contrôles stricts.
"S'il y avait des manquements" au programme d'austérité, "les versements seraient stoppés. Et alors le défaut de paiement menacerait à nouveau Athènes", a déclaré le ministre conservateur.