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LA DEFLATION EST ANNONCEE
Il aura fallu deux mois aux gouvernements européens pour trouver entre eux un accord. C’est le 11 février qu’il avait été pour la première fois annoncé la décision d’aider financièrement la Grèce. Deux mois fertiles en annonces destinées à masquer les désaccords, laissant progressivement s’installer un doute de plus en plus fort à propos de leur capacité à y parvenir, ne trompant personne. Certainement pas les marchés, en tout cas, qui l’ont fait savoir avec de plus en plus d’insistance sur tous les tons, obligeant finalement les gouvernements à s’entendre, la crise qu’ils avaient enclenché devenant trop sérieuse et menaçant de déborder, atteignant la zone euro en tant que telle.
Cette première constatation exprime la force de la crise qui s’est engagée et permet de penser qu’elle n’est pas résolue. Même si à court terme la Grèce a obtenu le soutien qui lui faisait défaut, elle à fait monter de manière irrésistible à la fois les enchères et les taux obligataires grecs, qui ont atteint des sommets. A court terme, il va falloir scruter non seulement le marché de la dette et celui de l’euro, pour voir comment ils réagissent, mais également la situation des banques grecques, très malmenées dans la phase finale de la crise. Ensuite, d’autres difficultés vont inévitablement intervenir. Ce matin, le taux grec se détendait, établi à 6,690% contre 7,126% vendredi à 18 heures.
Un taux de 5%, inférieur à celui du marché est une aide, il n’est pas un cadeau. Le montant de la dette grecque est toujours aussi élevé, et si une diminution de l’effort qui va être nécessaire pour la réduire a été obtenu (rendant celui-ci un peu plus plausible), celui qui reste à accomplir en très peu de temps reste immense. De ce point de vue la crise grecque n’a pas été résolue, elle est passée de son stade aiguë à un stade chronique, une situation que nous connaissons bien et qui nous renvoie à la crise générale dans laquelle nous continuons de piétiner.
Une fois reconnu que ce dénouement provisoire a pris des proportions et des caractéristiques qui n’étaient pas attendues – volume des prêts envisagés, dispositif pluri-annuel – il faut envisager la suite. La pire des décision aurait en effet été de ne prendre que des mesures homéopathiques, alors qu’il était nécessaire de garantir par un plan à moyen terme (trois ans pour l’instant) la première tranche des prêts. Les sauveteurs devant emprunter pour effectuer le sauvetage, sont en effet désormais placés en première ligne si un défaut de la Grèce devait intervenir, faute de la mise en place d’un plan suffisamment conséquent.
La situation de la Grèce avait été pressentie comme allant être un test. Il est possible aujourd’hui de dire qu’elle est effectivement un laboratoire. Il y a été montré que les gouvernements réagissaient fort mal et que les Grecs étaient précipités sur un toboggan. Nul doute que leur comportement va être suivi avec attention et que la rigueur grecque va résonner aux oreilles de toute l’Europe.
Une interrogation plus générale subsiste. Est-il concevable de penser que la crise de la dette publique, qui a trouvé en Europe via la Grèce sa première illustration à grande échelle, est réglée pour autant ? Tous les regards vont dorénavant se tourner vers les pays pré-sélectionnés pour concourir à la grande réunion sportive qui a commencé. La réédition d’une crise selon le même mécanisme d’une hausse brutale et incontrôlable des taux de la dette obligataire d’un nouveau pays placerait en effet les gouvernements dans une situation difficile.
Aujourd’hui, ils affirment avoir mis en place un mécanisme d’aide, mais l’on peut se demander si ce n’est pas un fusil à un coup. Pourraient-ils à nouveau l’actionner, surtout si la prochaine victime potentielle à protéger se dénommait Espagne, la quatrième puissance économique européenne ? Sans vouloir se complaire dans l’annonce des catastrophes, il n’est pas possible de se voiler la face. Les gouvernements se sont engagés et sont au milieu du gué. Rebrousser chemin n’est pas une option, aller de l’avant imposera autre chose qu’une simple répétition de l’accord dont ils ont péniblement accouché.
José Luis Rodriguez Zapatero n’a pas attendu pour déclarer au Financial Times du jour que le gouvernement espagnol allait diminuer « à n’importe quel prix » le déficit en appliquant son plan d’austérité.
Comme vient de le reconnaître Jean-Claude Trichet, président de la BCE, dans une interview au journal économique italien Il Sole 24 ore, certains pays européens vont devoir entrer dans la déflation, en raison de la dynamique de réduction de la dette publique dans laquelle ils sont engagés. Une « inflation négative » comme il dit, afin de ne pas prononcer de gros mots.
Il se confirme donc, de source on ne peut plus officielle, que nous entrons dans une seconde phase de la crise, et qu’il est loin le temps des « jeunes pousses vertes » ! Que la réduction de la bulle de la dette publique risque d’entraîner une bonne partie de l’économie occidentale dans une situation qui ne pourra être comparée qu’à celle du Japon, dont il faudra reconnaître qu’il aura été un précurseur. Constatant que ce pays ne s’est jamais remis d’être entré dans la fameuse « trappe à liquidités » de Keynes, une période de déflation prolongée dont il ne parvient toujours pas à sortir, une vingtaine d’années après.
Dans l’immédiat, le FMI a commencé à discuter de sa participation au plan, dont Dominique Strauss-Kahn a confirmé le principe. Athènes, pour sa part, conserve comme ligne de ne pas demander l’activation du plan européen, dans l’espoir de voir les marchés cléments. Un test pourrait être tenté demain avec une petite émission obligataire.