Le 20 avril, l'explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon a été le début d'une marée noire historique, la plus importante jamais survenue aux Etats-Unis. A elle seule, la plateforme contenait 2,6 millions de litres de pétrole et extrayait plus 1,2 millions de litres par jour. Les fuites provoquées par l'explosion laissent s'échapper tous les jours entre 20 000 et 40 000 barils soit 3,1 à 6,3 millions de litres. Pour le moment, 200 millions de litres de pétrole (quatre fois plus que l'Exxon-Valdez) ont été déversés dans un rayon de 320 km. Avec un tel débit, la nappe pétrolière atteindra Washington d'ici la fin de l'année.
Aucune des solutions mises en œuvre pour arrêter les fuites n'a marché. Les solutions de secours qui consistent à brûler et à disperser le pétrole, ou à encadrer la nappe à l'aide de bouées se sont révélées insuffisantes. Les solutions de géo-ingénierie, qui vont de l'installation d'une cloche de confinement à la création d'une île artificielle flottante pour protéger les côtes en passant par l'injection d'une forme de boue pour boucher le trou n'ont pu empêcher la fuite. Ce sont finalement des solutions moins techniques comme le pompage direct du pétrole ou la création d'un puits de secours pour l'intercepter qui sont finalement les plus efficaces. Au final, le coût de la marée noire pour la société est estimé à 10 milliards de dollars, dont 2,3 milliards pour BP.
La catastrophe de Deepwater Horizon révèle d'abord notre dépendance au pétrole. Face à l'épuisement des ressources pétrolières, le forage en eaux profondes (à plus de mille mètres de profondeur) s'avère être une solution de plus en plus classique : il représente 12 % de la production totale de pétrole. Le golfe du Mexique est une des zones qui a connu la plus grande augmentation du nombre de forages en eaux profondes depuis les années 1990 – le nombre de barils produits a été multiplié par quarante en vingt ans – parfois au mépris du principe de précaution.
LES BÉNÉFICES D'UNE CROISSANCE "VERTE"
La marée noire montre ensuite la nécessité d'investir dans les énergies propres. Non pas en raison de son impact évident sur le développement environnemental et économique de la zone "contaminée", mais plutôt parce que son bilan carbone est très limité au regard de celui des industries manufacturières. Ainsi, le monde entier produit chaque année 8 milliards de tonnes de carbone, 5 000 fois plus que la composition en carbone de la combustion de 50 000 barils de pétrole. Autrement dit, nous émettons chaque année et sans aucune émotion autant de carbone que 5 000 marées noires.
Nous connaissons l'appréhension des Etats-Unis pour les politiques énergétiques "propres". Les Etats-Unis n'ont pas signé les accords de Kyoto pour sauvegarder leur mode de vie et l'Etat fédéral ne peut se passer des recettes fiscales liées à l'industrie pétrolière. Il semble cependant que la marée noire ait eu l'effet bénéfique d'ouvrir les yeux de l'opinion américaine sur les bénéfices d'une croissance "verte". C'est une bonne nouvelle car nous ne pouvons nous passer des investissements et des talents entrepreneuriaux de la première économie du monde dans ce domaine. Prions pour que l'impulsion soit forte.
Simon Porcher, économiste et maître de conférences à Sciences Po