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L’éco-sémantique du tout à l’éco durable

L’éco-sémantique du tout à l’éco durable

I. En ce moment, on peut entendre sur France Inter des « spots informatifs » émanant du ministère du développement durable. Les foudres du climat, que cela est bien dit, poétiquement, juste ce qu’il faut pour inquiéter les gens en prenant un ton badin. Voilà maintenant qu’un nouveau concept nous est présenté, l’éco-transport. Non seulement un substantif mais carrément un verbe. Faite-vous éco-transporter clame la bande annonce. C’est quoi l’éco-transport ? Le regretté Muray aurait sans doute vu dans ce néologisme la trace d’une communication officielle adressé à l’homo festivus. L’éco-transport est un mot inutile et c’est bien le mal de notre époque que cette création de néologismes en excès produits par des cerveaux d’énarques fort coûteux. Eco, ça résonne comme écologie mais aussi économie et des économies, dieux sait si l’Etat pourrait en faire en supprimant quelques bureaux du développement durable.

L’éco-transport, ça a un nom, ça s’appelle la marche à pied ou bien le déplacement en vélo ou en roller. Les autres transports ne sont pas écologiques puisqu’ils utilisent de l’énergie. La voiture électrique est une ineptie. Certes, cela réduira les émissions de gaz en ville mais l’électricité produite est quand même polluante, que ce soit avec les centrales à gaz ou bien celles fonctionnant au nucléaire dont il faudra stocker les déchets. L’occasion de signaler un non dit dans le fonctionnement de l’écologie. Etre écolo, c’est aussi s’assurer de son bien être de riverain en n’hésitant pas à enfouir ses déchets chez le voisin proche ou lointain. Sans oublier de se faire éco-transporter. Rien n’assure que les immortels de l’académie discutent sur l’introduction dans le dictionnaire du mot éco-transport dont on est certain que Google le surveille de près. En effet, on peut accéder à un site spécialement dédié à l’éco-transport.

II. On ne saurait trop conseiller à Claude Hagège une enquête linguistique sur cette pratique visant à donner du bio, du vert et de l’éco à tous les mots. Pourquoi ? Pour conjurer les maux de notre civilisation sans doute. On pourrait y voir une novlangue, à la manière de la tristement célèbre LTI pratiquée par les nazis pour fasciner les foules en usant d’une terminologie raciste et guerrière. Mais pas d’amalgame. La dérive écolo actuelle ne peut pas être interprétée comme une régression barbare telle qu’on l’a connue en Allemagne dans les années 30. On est plus proche de Oui Oui ou de Casimir. La mode écolo s’adresse en effet à une génération qui a été élevé au son de l’île aux enfants. C’est la génération Goldorak et Dorothée qui est visée par cette régression infantile de l’éco-langue. On dirait même un univers magique où tout ce qui est éco est en quelque sorte touché par une grâce écologique. Autant dire qu’avec la génération Harry Potter, nous avons de sérieux clients pour pratiquer cet éco-langage. Maintenant, je vous prie de bien vouloir pénétrer dans cet éco-monde durable pour voir comment on y vit.

III. Daniel est un adepte de l’écologisme. Il surfe régulièrement sur le site de l’éco-transport. Il passe ses soirées à envoyer des messages sur les éco-forums où il peut rencontrer des éco-citoyens avec lequel il échange ses idées pour composter. C’est un boute-en-train, notre Daniel qui bien évidemment vote pour un éco-parti et assiste aux réunions d’Europe écologie où il ne croisera pas une de ses connaissances, Germain, qui lui est aussi un éco-citoyen mais préfère l’UMP et son ministre Borloo. L’éco-politique a tout de même ses limites et Germain compte bien bénéficier des éco-niches fiscales et du bonus écologique pour s’offrir le prochain coupé hybride Audi qui développe ses 250 chevaux ! D’ailleurs, il vient de négocier un éco-prêt avec son banquier. Il fera des travaux d’isolation dans sa maison et avec les économies réalisées, il compte agrandir sa piscine où il invitera ses éco-amis mais pas Daniel. L’écologie ne soit pas être source de pollution dans un dîner préparé par le bio-traiteur du coin. Germain ne veut pas de disputes politiques chez lui. Quant à Daniel, il ne manque pas de prouver à chaque occasion que l’écologie n’est pas tristounette comme la discussion d’un ordre du jour chez les Verts, que l’écolo n’est pas l’ennemi du rigolo, et quand il croise Jean le soir au Biocop, il lui demande, alors, tu as composté hier soir ? Jean lui répond que bien sûr, il composté le titre d’éco-transport en prenant le tram mais Daniel pouffe de rire et lui rétorque, mais non, je parlais des épluchures de patates. Il faut en effet signaler que Jean et Daniel font tous les deux du compost qu’ils utilisent pour faire pousser quelques fleurs en utilisant l’eau récupérée par un collecteur de pluie offert par la mairie du coin sur les conseils du chargé au développement durable. Ce qui ne les empêche pas d’aller chercher leur mômes en voiture à l’école, mais en pratiquant l’éco-conduite en suivant les conseils dispenser sur le site éco-transport où on trouve également des éco-liens, des éco-alternatives. On peut aussi établir des éco-contacts, pratiquer l’éco-partage et se renseigner sur les éco-achats. Daniel est un habitué du Biocop et c’est avec fierté qu’il signe avec son éco-stylo un éco-chèque fait à partir de papier recyclé pour payer ses éco-courses qu’il place dans un éco-chariot avant de les mettre dans un éco-cabas. Daniel habite dans une éco-ville et chaque premier lundi du mois se tient un éco-conseil municipal pour faire le point sur les éco-services publiques.

Après une journée d’éco-travail, Daniel s’assoie sur son éco-canapé, fatigué par une éco-journée, après avoir enlevé son éco-pull tissé en laine bio et son éco-ciré en plastique recyclé. Il faut dire qu’il a beaucoup plu. Le récupérateur d’éco-pluie est plein. Daniel savoure un éco-apéro à base de fruit cultivé dans des éco-champs, puis il allume son éco-téléviseur. Ensuite, il passe à l’éco-table, elle aussi en plastique recyclé, sur laquelle sont disposés des éco-gobelets fabriqués en verre de récupération. Claudette son épouse lui annonce que demain, c’est la rentrée pour les écoliers. Daniel est tout surpris et ne comprend pas. Eco-lier ? C’est quoi, un éco-lier ? Ah oui, merde, c’est vrai, demain, c’est la rentré à l’éco-le pour le petit dernier ! Je dois être éco-fatigué en ce moment et je devrais aller voir mon éco-médecin pour envisager un éco-arrêt de travail.

Mais il faut parfois cesser l’éco-nerie car l’éco-attitude a des limites. Germain vient de divorcer et ce n’est pas pour autant qu’il s’est trouvé une éco-femme. Germain ne veut surtout pas recycler une vieille ridée et botoxée. Il s’est trouvé une nouvelle épouse, une jeunette trentenaire pimpante qui a 20 ans de moins que lui. Il envisage d’ailleurs d’avoir un éco-enfant avec elle.

par Bernard Dugué (son site) jeudi 16 septembre 2010

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