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Espagne: les enfants volés du franquisme

Espagne: les enfants volés du franquisme

Par Cécile Thibaud, publié le 03/12/2011 à 10:00

Espagne: les enfants volés du franquisme

Felisa Tomico Orusco, dans sa maison de Madrid, le 24 novembre 2011, recherche toujours sa fille Felisa née en 1981.

Pablo Blazquez pour L'Express

C'est un terrible secret, exhumé du passé: des années 1950 à la fin des années 1980, des bébés ont été volés dans des maternités pour être vendus à des familles bourgeoises. Des médecins et des religieuses organisaient le trafic. Devenus adultes, ces enfants demandent réparation. 

La vie aurait pu continuer de couler pleine de certitudes tranquilles pour Antonio Barroso, avocat à Barcelone. Jusqu'au coup de fil d'un copain d'enfance, il y a près de quatre ans. L'ami affirme que l'un comme l'autre sont des enfants adoptés, achetés par leurs familles à des religieuses. Stupéfait, Antonio fait pratiquer un test ADN, qui confirme: rien de commun avec ses supposés parents. "A 38 ans, j'ai découvert que ma vie était un mensonge..."  

Les souvenirs, les ressemblances, les récits de grossesse, tout était faux. Il presse sa mère de questions. Elle avoue l'avoir acheté à une soeur de Saragosse pour 200 000 pesetas. Une fortune à l'époque. Antonio se rappelle alors cette cousine lointaine, soeur Montserrat, que la famille allait souvent visiter et à qui l'on glissait une enveloppe pour la remercier du "cadeau". Comment aurait-il su que le cadeau, c'était lui?  

Les victimes? Des femmes seules, ou de milieu modeste

L'avocat découvre qu'il est loin d'être un cas isolé: durant près de quarante ans, de l'après-guerre civile à la fin des années 1980, l'Espagne a laissé prospérer dans la plus grande opacité un vaste trafic de nouveau-nés orchestré par un réseau de médecins, de religieuses et de fonctionnaires de l'état civil.  

Leurs proies? Des femmes seules ou de milieux modestes, auxquelles il était facile de faire croire que leur bébé était mort ou qu'il valait mieux qu'elles le donnent à adopter pour lui assurer des jours meilleurs. Des femmes dont on était sûr qu'elles n'allaient pas faire d'histoires et qui comblaient sans le savoir les désirs -monnayables- de familles bourgeoises en mal d'enfant. Des centaines de nourrissons auraient été ainsi privés de leurs parents biologiques.

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