Information alternative
Le Point.fr - Publié le 21/11/2011 à 13:44
Le nouveau gouvernement espagnol de Mariano Rajoy devrait annoncer des mesures d'austérité supplémentaires, mais cela ne sera pas suffisant pour calmer des marchés financiers qui restent fébriles et attendent une action européenne, selon les experts. Vendredi, Mariano Rajoy avait prié les marchés de lui accorder un répit "de plus d'une demi-heure" après l'élection. Peine perdue : lundi, la Bourse a ouvert dans le rouge, perdant plus de 2,50 % en milieu de journée.
Autre indice de méfiance des investisseurs, la prime de risque - surcoût que doit payer l'Espagne pour emprunter à dix ans, par rapport à l'Allemagne, référence en zone euro - a encore grimpé, après avoir déjà battu des records la semaine dernière. Elle a atteint 458 points, contre 433 vendredi. "Cela n'a rien à voir avec le résultat des élections, car nous voyons que tous les indices européens, en général, sont en baisse", explique Soledad Pellon, analyste de la maison de courtage IG Markets. "En Espagne (les marchés) avaient intégré plus ou moins (l'éventualité d'une) majorité absolue du Parti populaire, c'est ce que disaient les sondages, et je crois qu'il n'y a pas eu de surprise", ajoute-t-elle, et "donc la réaction (des marchés) a été nulle".
"Depuis le début de la campagne officielle jusqu'aux premiers sondages, (la victoire de la droite) était absolument acquise", confirme Alberto Roldan, directeur du département d'analyse de la Bourse à Inverseguros. Certes, "ce changement de gouvernement est un point positif, car on pense qu'il va prendre des mesures plus fortes" que l'exécutif socialiste actuel, note Soledad Pellon. Une lourde tâche économique attend Mariano Rajoy, face à un pays toujours englué dans la crise, avec un chômage record (21,52 %) et la menace d'un retour à la récession début 2012.
"Rajoy est resté vague pendant la campagne sur ses opinions économiques, à part un engagement général pour plus d'austérité budgétaire et des réformes structurelles amples", souligne Gilles Moec, analyste de Deutsche Bank, dans une note publiée lundi. Toutefois, "nous pensons qu'avec le fort mandat démocratique qu'il a reçu, il poussera dans trois directions : un progrès plus rapide dans la restructuration du secteur bancaire", "une réforme plus profonde du marché du travail" et "plus d'austérité avec une baisse des dépenses, surtout dans la santé et les frais des régions".
Mais, comme le souligne Antonio Garcia Pascual, de Barclays, "même si ces mesures vont être sans aucun doute bien accueillies par les marchés, elles ne seront peut-être pas suffisantes pour stabiliser la dette souveraine espagnole", soumise à une forte pression. "Ces réformes ne devraient probablement pas isoler (l'Espagne) de la contagion due à la nature systémique de la crise", qui est "principalement engendrée par l'absence d'union budgétaire dans la région, plus que par les fondamentaux de chaque pays", note aussi Richard McGuire, de Rabobank.
Les marchés "sont vraiment étrangers à un quelconque effet dérivé des élections, c'est avant tout une extension de ce qui se passe en Italie", explique Alberto Roldan, car c'est "une question globale". Et "désormais, nous ne dépendons plus seulement de nous, nous dépendons des décisions européennes", insiste Soledad Pellon : "Ce qui est réellement important, actuellement, c'est de savoir si la BCE va parvenir à un accord pour pouvoir prêter aux pays" qui en ont besoin. "Nous pensons que l'Union européenne doit augmenter son soutien, avec une plus forte intervention de la BCE", dit aussi Antonio Garcia Pascual.