Le Ministère des Affaires étrangères n’est pourtant ni aveugle ni sourd. Bien au contraire, du quai aux services de renseignements, les tensions sociales en Tunisie étaient connues.
Mais comme l’explique l’amiral Lanxade, ancien ambassadeur à Tunis « les alertes du terrain ne remontaient pas jusqu’au quai d’Orsay ». Pas plus à l’Elysée.
D’où la nécessité de tenter d’échafauder des scénarios crédibles à plus ou moins long terme :
« Je veux que la nouvelle direction de la prospective du Quai d'Orsay soit capable de faire ça » a expliqué MAM.
Une telle cellule n'existe actuellement qu'à l'état embryonnaire. Et pour cause. Selon nos informations, Bernard Kouchner avait déjà souhaité mettre en place, à la fin de l’année 2009, une direction de la prospective au quai d’Orsay. Le french doctor s’en ouvre, à l’époque, à l’un de ses proches collaborateurs.
Touché par la grâce, Kouchner propose alors le nom de…Bernard-Henri Lévy pour diriger la cellule.
Atterré mais gêné de contredire le Ministre des affaires étrangères, l’intéressé se fait pragmatique
« C’est une excellente idée, monsieur le Ministre, mais je ne sais pas si nous pourrons nous le payer ». Imparable.
C’est ainsi que fut enterrée le premier projet de direction de la prospective au Ministère des affaires étrangères. Dépité mais toujours attaché à son idée de
« diplomatie paillette », Kouchner ne baisse pas les bras et poursuit son casting.
Le Ministre convoque alors Muriel Domenach, Directrice adjointe du Centre d'Analyse et de Prévision au ministère, petite fille de Jean-Marie Domenach, directeur de la revue
Esprit, et fille du sinologue Jean-Luc Domenach. Il lui propose de prendre en main la nouvelle direction de la prospective. La jeune fille refuse poliment, arguant notamment de son âge et son manque d’expérience.
Insistant, Kouchner sort alors l’argument massue : « ah oui, mais vous êtes une Domenach ! ».
Le poste reviendra finalement à la soviétologue Marie Mendras. Bien décidée à mettre de l’ordre dans cette administration, elle restera huit mois en poste avant d’être démissionnée. Jugée trop autoritaire, mais aussi poutinophobe, Marie Mendras s’est rapidement mis à dos des chercheurs éminents en relations internationales, notamment Thierry de Montbrial, DG de l’Ifri. L’homme est influent : les plus grandes entreprises ainsi que les ambassades sont partenaires de l'Ifri.
Abandonnant son idée de placer un intellectuel parisien « star », ou un nom à la tête de sa cellule de prospective, Kouchner reviendra à plus de sagesse, affectant finalement Joseph Maïla, directeur du pôle religion au MAE à la prospective.
Souhaitons, en ces temps difficiles, à Michèle Alliot-Marie de se montrer plus inspirée car l’échafaudage brinquebalant d’une direction de la prospective à la sauce Kouchner en dit long sur l’administration tendance Shadock qu’est devenue le quai d’Orsay.
De là à anticiper des crises…