Dans
une tribune publiée dans le Financial Time, le quotidien britannique de référence économique, deux ministres des finances l’Italien Giulio Tremonti et le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, par ailleurs président de l’Eurogroup, ont appelé à la création d’eurobond (des euros obligations). Ce premier pas vers un fédéralisme, puisque cette dette serait indistinctement portée par chacun des citoyens de l’Union monétaire, porte un seul et unique message : l’irréversibilité de l’euro : «
L'Europe doit formuler une réponse forte et systémique à la crise, afin d'envoyer un message clair aux marchés mondiaux comme aux citoyens européens. Ce message est celui de notre engagement politique à l'union économique et monétaire, et de l'irréversibilité de l'euro. »
C’est tout simplement « nein ». Pour la Chancelière, il ne peut être question de solidarité sans limite de temps, d’espace et de montant. Cette fille de pasteur ne pardonne pas les erreurs, et ceux qui ont péché périront par là où ils ont péchés : «
La concurrence entre des taux d'intérêt est une incitation à respecter les critères de stabilité».
La réalité est donc douloureuse.
Nicolas Sarkozy n’a pas eu d’autre choix que de se rallier à Angela Merkel dans son refus des Eurobonds. Cette solution qui avait les faveurs de Paris a été clairement enterrée. Certes, elle ne fut officiellement pas portée par la France, mais par ses messagers.
Angela Merkel ne fait que suivre les demandes renouvelés du patronat allemand excédés de « payer » pour les pays «
huile d’olive ». «
On va filer vers une situation où les contribuables de Finlande vont soutenir les contribuables d’Athènes. Et le gouvernement allemand va voir une augmentation énorme de son taux d’intérêt à cause de l’effet égalisateur de l’euro-obligation, alors que l’Espagne le verra diminuer pour la même raison. Monsieur Juncker a raison: l’introduction de l’euro-obligation va résoudre tous les problèmes, il n’y aura plus d’attaques sur l’euro. Mais il y a un inconvénient énorme: nous entrons dans une union où tout le monde est responsable de tout le monde, et au final, personne n’est responsable de rien. », poursuit Hans-Olaf Henkel dans son interview.
Bref l’Allemagne, qui sous son impulsion et avec la bénédiction de Gerhard Schröder a mis en place une politique d’hyper compétitivité dont elle retire aujourd’hui les fruits, ne veut plus payer pour les d« ilettantes », les « oisifs » et pire les « impécunieux » de la zone euro. En cela il partage un sentiment largement répandu, d’abord dans la sphère patronale, puis dans la sphère politique, et qui gagne, au final l'opinion publique.
Quel est ce sentiment ? Primo les autres pays de la zone euro n’ont pas fait les « ajustements structurels » (blocage du pouvoir d'achat, augmentation des horaires) que l’Allemagne a opérés. Secundo, les politiques « non conventionnelles » mises en place par la BCE (prêts entre pays, monétisation des dettes publiques, et éventualité de l’eurobond) sont dangereuses. Bref, l’économie allemande se porterait on ne peut mieux sans l’euro.
Ce qui se traduit en une phrase par Hanz-Olaf Henkel par « En Allemagne nous avons une expression qui dit: nous préférons avoir une fin difficile que des difficultés sans fin. » Hanz-Olaf, on l’a compris fait plutôt dans le Decapfour que dans le Minidoux.
Répondre aux préventions allemandes n'est pourtant pas difficile : la croissance ne résulte pas seulement de la lutte entre la rigueur et le gaspillage ou entre la vertu et le mal. Elle découle aussi de la demande. Or, si les voisins de l'Allemagne vont d'un même pas plus loin sur la voix de la rigueur, elle en paiera un prix douloureux : en 2007 avant la crise, l'excédent commercial allemand sur les pays de l'Union représentait 127 milliards, 65% du total des exportations allemandes !
Le rebond récent de la croissance allemande s'est effectuée au détriment des Européens, la rigueur généralisée à laquelle l'Allemagne appelle se ferait forcément au détriment de l'Allemagne.
note Webrunner :
Cet article est dédié à un abruti maniant mieux l'insulte que le verbe ,et qui sévit sur Agoravox sous le pseudo "leplancherdesvaches" , pseudo qui lui convient parfaitement d'ailleurs !