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BHL penseur du vide ? Pas si sûr !

BHL penseur du vide ? Pas si sûr !

par Alain Soral


Ça fait 35 ans que tous les gens qui pensent, disent et répètent qu’il n’y a pas de pensée chez BHL, que BHL philosophe est une pure escroquerie. L’ultime épisode “Jean-Baptiste Botul” étant là pour le démontrer jusqu’au grotesque.
Une certitude pourtant, BHL, horripilant bourgeois cosmopolite dédaigneux du peuple, roi de l’effet de manche et de la sentence creuse, est tout sauf un imbécile.
Et, surtout, malgré un verdict maintes fois répété par tous les penseurs qui pèsent, de Raymond Aron à Emmanuel Le Roy Ladurie en passant par Cornelius Castoriadis et Gilles Deleuze, malgré les multiples prises la main dans le sac : accusation de plagiat pour Le Diable en Tête, mensonge sur ses rencontres avec le commandant Massoud, désaveu par la propre veuve du journaliste américain Daniel Pearl pour son “romanquète” – en français courant : bidonnage – Qui a tué Daniel Pearl ?, malgré l’accumulation de déshonneur et de ridicule, il est toujours là.
Donc répéter inlassablement que BHL c’est zéro, néant, peau de balle, ça ne tue pas son homme, et la critique, comme le taureau qui fonce sur la muleta et s’étonne que le torero reste toujours debout, ne comprend pas – où feint de ne pas comprendre – que sa compétence, son talent, et surtout sa fonction sont ailleurs…
Dire que BHL ne pense pas, qu’il n’est pas philosophe, c’est vrai, communément admis et maintes fois vérifié, confirmé par le creux de ses concepts, la vacuité de ses livres. Mais c’est aussi bête, aussi naïf, aussi à côté de la plaque et aussi vide de sens que de dire que Bernard Kouchner est un très mauvais médecin ; ce qui est vrai aussi (il a sans doute fort peu exercé).
C’est que ces mi hommes-sandwichs mi hommes-orchestres, chacun à leur façon, l’un déguisé en philosophe pour légitimer l’esbroufe par le logos, l’autre déguisé en médecin pour abuser des pauvres par Hippocrate font, tout comme Adler le géopoliticien, Minc le financier ou Attali l’économiste, tous trois aussi bidons dans leur spécialité supposée que leurs deux compères, un tout autre boulot…

Pas pensée, propagande…
Pas un travail de penseur, qui implique de respecter des règles : la logique, l’honnêteté, une méthodologie… mais un boulot de propagande, grossière, systématique, relayé par un énorme dispositif fait d’argent, de medias, de réseaux. Et ce sale boulot, BHL et ses doubles, ses multiples, reconnaissons qu’ils le font bien !
Comme Kouchner, passé étape par étape de la médecine humanitaire au service du Tiers monde (Biafra), à l’ingérence humanitaire, puis au devoir d’ingérence de moins en moins humanitaire et finalement sans médecine, pour justifier toutes les pacifications néo-coloniales à coups de bombes sur les populations civiles du Tiers monde (Afghanistan)… BHL aussi, de toute sa bibliographie d’escroc du concept, de faux écrivain, de cinéaste nul, mais de fin politique, tapine étape par étape pour l’Empire capitaliste, accompagnant de son baratin “talmudique” (c’est lui qui s’en réclame) la marche forcée de l’oligarchie mondialiste à laquelle il appartient par l’esprit et l’argent (on a souvent les idées de son porte-monnaie), c’est une constante sociologique, vers le Nouvel ordre mondial mis en branle de façon brutale et explicite après l’affaissement du défunt contre-Empire soviétique…
Pour le démontrer, il suffit de se pencher sur ses livres, la succession des titres. Pas lus sous l’angle du sérieux, mais comme déploiement stratégique, succession de plaidoiries habiles, parfaitement malhonnêtes, mais poursuivant à coups d’arguties un seul et même but avec des méthodes d’avocat : faire gagner coûte que coûte un client que l’on sait coupable, mais excellent payeur !
Allons-y.
Après avoir grenouillé dans le marxisme tendance Althusser (celle sans ouvriers) condition sine qua non pour être un peu crédible à l’orée des années 70, sa carrière d’agent de l’Empire, sponsorisée, programmée, commence en 1976 avec les “nouveaux philosophes”. Une poignée de kagneux prétentieux tout autant qu’arrivistes qui, ni nouveaux, ni philosophes, comme tous le dirent à l’époque, sont chargés de porter le coup fatal au camp soviétique vacillant économiquement, donc géopolitiquement, sur le terrain qui avait armé sa puissance et son influence en Occident depuis Marx, celui des intellectuels et des idées.
Et vu l’état de l’adversaire, comme le dit de façon fort imagée le proverbe persan : “Même un âne peut donner un coup de pied à un lion mort.”

Premier livre :
La barbarie à visage humain (1977)
Contenu objectif : progressisme = barbarie (gros paradoxe).
Communisme = fascisme = totalitarisme = nationalisme.
Par ailleurs : Libéralisme = liberté = cosmopolitisme. Point.
Conceptuellement c’est faible, mais sur le terrain politique, avec du gros pognon pour la pub et des cheveux longs pour plaire aux jeunes, c’est plus efficace que Raymond Aron et Jean-François Revel !

Deuxième livre :
Le Testament de Dieu (1979)
Contenu objectif : Progressisme = nihilisme (toujours gros paradoxe).
Par ailleurs : Antitotalitarisme = loi = judaïsme. Point.
C’est vrai qu’avec : liberté = cosmopolitisme, on le sentait venir…

Troisième livre :
L’Idéologie française (1981)
Contenu objectif : Esprit français = fascisme = contraire de l’esprit des Lumières (colossal paradoxe, l’esprit français étant l’accoucheur historique de l’esprit des Lumières).
Conséquence : Esprit français = Pétain = Shoah, et bien sûr, on le sentait aussi venir : Lumières (puisque pas françaises) = judaïsme !
Là, même Raymond Aron, pourtant peu soupçonnable de sympathie pour le régime de Pétain qui lui avait fait porter l’étoile jaune, est tellement offusqué qu’il déclare dans la presse : “Bernard-Henri Lévy viole toutes les règles de l’interprétation honnête et de la méthode historique.” Point.

Ce travail de destruction du sens et d’inversion totale de toute l’histoire du progressisme achevé en trois livres, Bernard-Henri Lévy, poursuivant son travail zélé de femme de méninge de l’Empire, s’en va ensuite, après un ou deux faux romans à prix (Médicis, Interallié) prêter la main au dépeçage de la Yougoslavie. Ce sera le documentaire :

Bosnia ! (1993)
Contenu objectif : Sarajevo = cosmopolitisme, donc Bosnie = gentils et Serbes = méchants. Point.
Au même moment, ses deux comparses Finkielkraut et Glucksmann prendront parti, l’un pour les gentils Croates d’Ante Pavelic, l’autre pour les gentils Tchétchènes islamistes. Trois partis pris parfaitement contraires à leur supposée éthique lévinassienne, mais trouvant, comme chaque fois, toute leur cohérence dans la géopolitique de l’Empire…
Ce travail de liquidation du bloc de l’Est achevé, notre rigoureux tapin philosophe ira fort logiquement s’en prendre aux suivants sur la liste, soit le dernier contre-Empire de l’esprit qui résiste à la déferlante libérale après le défunt communisme : l’Islam et le monde musulman. Ça donnera :

La Pureté dangereuse (1994)
Contenu objectif : Islam = intégrisme = nihilisme = nouveau totalitarisme. Point.
Prodige conceptuel qui lui permettra dans la foulée de se prononcer pour un soutien inconditionnel à : Israël (= liberté = Lumières = judaïsme), pour l’agression de l’Irak (un million de morts) et, après un petit soutien à Strauss-Kahn (futur patron du FMI), pour l’opération “Plomb durci” sur les Palestiniens ghettoïsés de la bande de Gaza. Et ce bien sûr toujours au nom des “droits de l’homme” !
J’arrête là cette succession de tromperies, de pensée vide et d’abjections, mais maintenant comprenez mieux pourquoi son dernier livre, bien qu’à contenu tout aussi nul que toutes ses productions précédentes : essais, romans, documentaires, films… Et bien qu’intégralement disqualifié par la risible affaire “Jean-Baptiste Botul” (Bernard-Henri Lévy, pour se payer Kant – rien que ça – se réfère pour argumenter à un canular de potache du Canard Enchainé que son puissant cerveau n’a même pas été capable d’identifier !) Pourquoi ce dernier livre, malgré tout fêté et commenté par toute la critique à la botte, s’intitule, dans un parfait esprit de cohérence :

De la guerre en Philosophie (2010)
Une guerre de propagande par la fausse philosophie qu’Éric Zemmour – peu philosophe mais politologue averti – commence à trouver, à force d’explicite arrogance, bien plus dangereuse pour la communauté dont Bernard-Henri Lévy se réclame depuis 35 ans pour faire son sale boulot, que la pureté honnie de votre serviteur…
CQFD !

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