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Article de Jean Pierre Petit

Article de Jean Pierre Petit

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Les Japonais ont commencé le lundi 4 avril à relâcher quelques 11.500 tonnes d'eau fortement contaminée, stockés dans une vaste cuve, pleine à raz bord, "en s'excusant auprès des riverains". A tout prendre, sachant qu'il faudrait tôt ou tard se débarrasser de cette eau, il aurait fallu prévoir de l'acheminer en pleine mer dans des barges, qu'il aurait été préférable de couler à grande distance, car elles seraient elles mêmes devenues radioactives. Inutile en fait d'envisager de remorquer des barges. 11.500 tonnes n'atteint même pas le tonnage du pétrole emporté par un petit pétrolier. Il aurait suffit de pomper cette eau dans un pétrolier hors d'âge, qui aurait été conduit au large par un équipage pilotant le bateau depuis une timonerie protégée par les plaques de plomb. Puis le bateau aurait été coulé, après de l'équipage ait été évacué par hélitreuillage. L'eau contaminée aurait dans un premier temps été ainsi retenue dans la coque du navire, pour être relâchée progressivement au fil de sa dégradation.

Le fait que les ingénieurs Nippons qui gèrent cette crise n'aient pas songé à cela démontre leur imprévoyance, leur incompétence et leur incapacité à faire face à cette situation. On dirait que toutes leurs "actions" sont conditionnées par l'impact que celles-ci pourraient avoir sur le public, à la fois sur leur propre population et aux yeux du monde entier. C'est l'image du Japon, pays des Hautes Technologies, qui est en danger. Amener un tanker à proximité du site, pour pomper l'eau contaminée aurait fait très mauvais effet, surtout si on annonçait par la suite que le bateau serait coulé à fond et que son équipage devrait le mener vers son dernier voyage protégé par des plaques de plombs.

La situation se présente très mal. Le service météorologique Nippon subit des pressions pour ne pas donner d'informations, si les vents s'orientent vers de grandes métropoles "pour ne pas déclencher de paniques dans la population".

Si le gouvernement a annoncé "que les réacteurs seraient démantelés", un seul coup d'oeil sur les photos prises par le petit drone (voir plus bas) suffit pour se rendre compte qu'un tel "démantèlement" est un projet irréalisable.

Il n'est pas non plus possible d'extraire les centaines d'assemblages des piscines de stockage. Pour pouvoir le faire, il faudrait dégager le dessus des épaves de ces réacteurs des assemblages de poutrelles qui les recouvrent. S'il n'y avait pas la radioactivité, des équipes pourraient procéder à leur découpage, sur place, au chalumeau. Mais c'est impossible. On n'a pas prévu de robot capable d'opérer cela à distance, et le temps manque pour concevoir de tels dispositifs.

La seule solution est le sarcophage. En urgence il faut déverser des matériaux solides sur les trois réacteurs pour stopper les émanations radioactives. Celles-ci se signalent "par de légères fumées", comme c'était le cas pour le réacteur de Tchernobyl, après la spectaculaire explosion du coeur. Mais l'aspect de ces fumées ne doit pas tromper sur ce qu'elles contiennent.

 

Dans plusieurs vidéos, on voit des parties de bâtiments éventrés qui émettent des lueurs.

 

lueurs

Lueurs signalant la radioactivité émise par des éléments du réacteurs

 

Il ne faut pas s'étonner que les matériaux émettant de la radio-activité créent des phénomènes lumineux, visibles à l'oeil nu. Jadis c'était en déposant sur les aiguilles des montres une substance radioactive qu'on permettait à leur possesseurs de lire l'heure la nuit. Si des clichés du site étaient pris, de nuit, par un drone ou depuis un hélicoptère, les images obtenues auraient dans doute de quoi susciter la panique dans la population. Elles rappeleraient les lueurs sinistres qui émergaient du cratère du réacteur éventré de Tchernobyl, en montant jusqu'aux nuages, visibles la nuit.

 

Tchernobyl_lueur

L'allure du réacteur N°4 de Tchernobyl, la nuit, avant que le cratère ne soit comblé

 

Revenons à cette question de la mise sous sarcophage (qui ne résoudrait pas les problèmes liés à une éventuelle diffusion de corium sous le réacteur). A Tchernobyl, le graphite brûlait, et le trou par lequel s'échappaient des particules de poussières radioactives faisait une dizaine de mètres de diamètre. Les Russes envoyèrent donc de jeune pilotes d'hélicoptères lourds Hind, avec leurs équipages, déverser de milliers de mètres cubes de sable, de ciment, de plomb, de bore, dans ce gueuloir. Et ce ne fut que quand cette cheminée du diable fut obstruée que la pollution nucléaire cessa. Réaliser la même opération à Fukushima impliquerait de noyer les réacteurs sur des dizaines, ou centaines de milliers de mètres cubes de matériaux solides, avant que les émanations gazeuses et de particules solides ne cessent.

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