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2010, l’odyssée de l’Espagne

2010, l’odyssée de l’Espagne

Le gouvernement Zapatero, qui a sous-estimé la crise, multiplie les faux-pas.

François Musseau (à Madrid)

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«L’Espagne n’est pas la Grèce ! Ni en terme de dette publique, ni en terme de solidité économique.» La ministre des Finances, Elena Salgado, se défend bec et ongles contre cette idée qui, précisément, gagne du terrain sur les marchés, avec un déficit public qui se rapproche de 11 %, le chômage de 18 %, et que la dette, encore faible, croît de façon galopante. Alors même que José Luis Zapatero assure la présidence tournante de l’UE, ce pays qui frappait aux portes du G 8 en 2007 est désormais perçu comme une nation à risque, au même titre que le Portugal, l’Irlande et la Grèce.

En mettant en parallèle les «problèmes structurels» de l’Espagne et de la Grèce, le commissaire européen à l’Economie, Joaquín Almunia, un socialiste espagnol, déchaîne l’ire de ses camarades. Vendredi, la numéro 2 du gouvernement Zapatero, Teresa de la Vega, a tapé du poing sur la table : «Nous ne permettrons pas que l’on remette en question la crédibilité de l’Espagne. Nous ne lâcherons pas le gouvernail de la remise en ordre des comptes publics.» Nombreux sont ceux qui en doutent.

Fuir. Après quinze ans de prospérité brutalement interrompue par la crise financière mondiale et l’effondrement du secteur immobilier, l’Espagne ne parvient pas à relever la tête. La récession est continue depuis bientôt deux ans. L’optimisme de José Luis Zapatero, qui a sous-estimé l’intensité de la crise, ne fait qu’irriter davantage l’opinion, les milieux d’affaires et les rangs même de son parti. Résultat : les conservateurs du parti populaire, pourtant à court d’idées, devancent de trois points leurs rivaux dans les sondages. «Notre économie est dans la ligne de mire des investisseurs, assure Santiago Carbó, spécialiste des questions économiques. A mesure que les comptes publics se dégradent, ils ont tendance à nous voir comme un pays non solvable, et qu’il faut mieux fuir.» Jeudi, la place financière de Madrid a chuté de près de 6%, du jamais vu depuis novembre 2008. Elle a limité la casse vendredi avec une baisse de 1,35%.

Capitaine. Le chef du gouvernement a certes lancé un vaste plan d’austérité visant à économiser 50 milliards d’euros afin de ramener le déficit public à 5 % du PIB d’ici 2025. La semaine dernière, les socialistes ont notamment annoncé le report de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans. Mais depuis, la cacophonie règne. Face à la colère des deux grands syndicats, CCOO et UGT, qui menacent d’une grève générale pour fin février, le gouvernement fléchit. La retraite retardée est officiellement un «sujet négociable».

En outre, le nouveau montant des retraites devait désormais être calculé sur une période de vingt-cinq ans de cotisation, au lieu de quinze ans, ce qui aurait eu pour effet d’abaisser ce montant. Mais, pris par la peur d’une fronde sociale, le gouvernement s’est ravisé. «Ces tergiversations donnent l’image d’un gouvernement girouette qui louvoie et navigue à vue, soulignait vendredi un éditorial du quotidien El Mundo. Or, dans une pareille tempête, il faut un vrai capitaine.»

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